La culture du fritkot, un patrimoine culturel immatériel

Nicole Hanot
Documentation Charles-Xavier Ménage
Mise en ligne 24 novembre 2016

logo culture fritkot

 

Définition

La Conférence générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (dénommée « l’UNESCO »), a adopté à Paris le dix-sept octobre 2003 une Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel qui définit le patrimoine culturel immatériel (PCI) – ou patrimoine vivant – comme la source principale de diversité culturelle humaine et sa continuation comme une garantie pour une créativité continue :

« On entend par patrimoine culturel immatériel les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. Aux fins de la présente Convention, seul sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l’homme, ainsi qu’à l’exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus, et d’un développement durable. »

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Logo de l'Unesco pour ce type de patrimoine

Chaque État peut proposer à l'Unesco une liste de son patrimoine culturel immatériel. Lorsqu'un État est composé de diverses communautés, toutes doivent reconnaitre ce patrimoine avant que l'État ne puisse le proposer à l'Unesco.

Ceci implique, en Belgique, qu'un dossier de reconnaissance doit être admis par la Communauté flamande, la Communauté française et la Communauté germanophone.

 

Préalables à la reconnaissance de la culture du fritkot

En 1984, des frituristes belges fondent l'Union nationale des Frituristes (UNAFRI-NAVEFRI).

En 1986, le salon Horeca Expo de Gand voit se dérouler la première « Journée nationale du Frituriste ».

En 2000, le VLAM organise pour la première fois une « semaine de la frite » en Flandre pour mettre en valeur un savoir-faire et une spécialité belge.

En 2004, l'UNAFRI-NAVEFRI fonde l'Ordre national du Cornet d'Or pour rendre hommage à ceux qui contribuent à la culture de la frite belge par leurs connaissances, leur talent ou leur idéalisme.

La  « semaine de la frite » est initiée par l'APAQ-W en Wallonie en 2009.

En 2010, la Wallonie lance le concept « Friteries de chez nous » destiné à valoriser les friteries traditionnelles. 

logo Friteries de chez nous

Le cahier des charges précise que le frituriste doit :

  • Vendre principalement des frites : Au moins 75 % des produits à la carte doivent être liés à l’activité de la friterie : frites, mitraillettes, sauces et accompagnements traditionnels (fricadelle, brochette, boulette, poulycroc…). Au moins 75 % des plats doivent être accompagnés de frites ;
  • Servir des frites réalisées, sur place ou par un fournisseur, à partir de pommes de terre fraiches ;
  • Conditionner les portions de frites en cornet ou en barquette de carton ;
  • Proposer des frites à emporter ou à consommer sur place ;
  • Certifier que les frites vendues proviennent bien de pommes de terres cultivées en Wallonie.

Il est plus que souhaitable que la friterie dispose de poubelles avec tri sélectif et d’une signalétique extérieure explicite et visible.

 

Quelques chiffres

En 2016, la Belgique compte quelques 5 000 frituristes dont 1 800 en Wallonie.

Ils traitent environ, chaque jour, 130 000 kg de pommes de terre (principalement des Bintje mais aussi des Agria, Désirée, Première, Eersteling rouge, Santé, Victoria…).

Leur savoir-faire réside dans une cuisson en deux bains (le premier à 140°c, le second à 170-175° C) pour que les frites nagent, chantent et sautent selon la tradition. Mais chacun garde son secret pour la composition des bains…

 

Reconnaissances

Fin 2013, la « culture belge de la frite » est reconnue comme patrimoine immatériel par la Communauté flamande de Belgique sur base du dossier (formulaire principal qui était accompagné d'annexes) présenté par l'UNAFRI-NAVEFRI présidée par Bernard Lefèvre avec le soutien du Conseil du Fritkot.

L'UNAFRI-NAVEFRI  est une association professionnelle fondée en 1984 pour défendre les intérêts spécifiques des friteries et protéger un patrimoine gastronomique et culturel unique. Membre permanent du Conseil supérieur des Indépendants et PME, elle compte en 2013 près de 1500 membres, participe à de nombreux salons professionnels et organise rencontres et formations pour les frituristes.

Le Conseil du Frikot, fondé en avril 2013, constitue un groupe de réflexion pour la protection du patrimoine culturel relatif à la frite. Il se compose alors de :

  • Bernard Lefèvre (Président National de l’Unafri) – Président du Conseil du Fritkot
  • Luc Roisin (Apaq-W)
  • Hugues Henry (Home Frit' Home)
  • Pierre Leclercq (historien de la gastronomie résidant à Liège)
  • Frans De Wachter (VLAM)
  • Romain Cools (Belgapom)
  • Paul Ilegems (professeur d'histoire de l'art, auteur de divers livres sur les fritkots)
  • Cédric Van Belle (Frietmuseum)
  • Tania Jannis (Syntra)
  • Toon de Keukelaere (conseiller agricole au Boerenbond)
  • Karel Vaneetvelt (Unizo)
  • Kim Van Belleghem (BIE)
  • Chantal Bisschop (CAG)
  • Yves Segers (CAG).

En 2014, ce conseil d'étoffe avec

  • Nicole Hanot, du Musée de la Gourmandise de Hermalle-sous-Huy
  • Eddy Cooremans (ancien frituriste et collectionneur)
  • André Delcart (auteur de divers livres gastronomiques).

conseil fritkot 2015

Quelques membres du Conseil.

La préparation d'un dossier de reconnaissance de la culture du fritkot auprès de la Communauté française de Belgique (également appelée FWB, Fédération Wallonie-Bruxelles) débute donc en 2014 avec pour principaux rédacteurs Nicole Hanot, Hugues Henry, Pierre Leclercq, Luc Roisin et Bernard Lefèvre.

En novembre 2015, une conférence de presse organisée au Parlement wallon annonce une pétition pour appuyer le dossier de reconnaissance ; 50 000 personnes vont voter sur www.semainedelafrite.be et dans les fritures belges. Cela conforte les rédacteurs du dossier de demande dans leur volonté d'aboutir.

La procédure sera plus longue qu'en Flandre – notamment parce que la FWB est en train de mettre en place une nouvelle procédure de reconnaissance –, mais permettra d'affiner les sources et références en prévision d'une demande ultérieure d''inscription de la culture du fritkot dans la liste mondiale établie par l'UNESCO. Voici le dossier de demande rentré le 15 février 2016.

Le 23 novembre 2016, à l'occasion du lancement de la semaine de la frite par son parrain Jean-Luc Fonck, chanteur-poète-humoriste...

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les ministres wallons Alda Gréoli (Culture) et René Collin (Agriculture, Nature, Ruralité, Tourisme) annoncent enfin à la presse, conviée au fritkot Chez Lucien d'Eghezée, la reconnaissance de la culture du fritkot comme patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles - ce qui fait un bon titre pour les journaux télévisés de 13 h et du soir !

2016 11 23 RTL JT


Madame Gréoli déclare : « La frite est un phénomène gastronomique et sociétal, partagé par tous les habitants de notre pays depuis plus de 150 ans. Faire entrer cette tradition culinaire au patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles consacre un véritable écosystème reposant notamment sur l’artisanat et un savoir-faire transmis de génération en génération. C’est aussi un encouragement pour la mise en place de standards de qualité tels que ceux mis en place par le secteur ces dernières années ».

Cette conférence de presse se voulant festive et bon enfant, les deux ministres ont mis la main aux fourneaux et préparé eux-mêmes avec Jean-Luc Fonck…

ministres et JlFonck RTBF ©RTBF

sous l'œil attentif des photographes et caméramans, les sachets de frites que les invités ont dégustés… en experts et supporters enthousiastes !

degustation

boucles oreille

 

Pour l'occasion, Jean-Luc Fonck, du groupe Sttellla, a aussi présenté sa nouvelle chanson : Les bonnes frites de chez nous.

One-two-frite-four
[Instrumental]

1. Quand tu as un coup de blues
Prends-les avec de l'andalouse
Quand tu as le cafard
C'est parti pour une frite tartare
Si tu as des problèmes :
Américaine
Et pour te mettre à l'aise
Reprends un peu de mayonnaise

Refrain
Le poisson ça donne la pêche
La pêche ça donne la banane
La banane donne la patate
Et la patate donne les frites
Les bonnes frites de chez nous
Des bonnes friteries de chez nous
Les bonnes frites de chez nous
Ça nous fait un bien fou…

2. Si tu as des soucis
Prend plutôt du pili pili
Si t'es un peu déprimé
Faut tout vider, faut rien laisser
Si t'as fait des boulettes :
Une mitraillette
C'est bon pour ce que tu as
Et c'est même bon si tu ne l'as pas



 

One-two-frite-kot
[Instrumental]

3. Un régal pour les yeux
Ça réchauffe les mains
Ça réchauffe le cœur
Ce n'est que du bonheur
Que ça aille mal ou bien
Un paquet de frites ça fait du bien
Que ça aille bien ou mal
Les frites c'est bon pour le moral


Refrain, refrain, refrain.

 

À suivre…

La Communauté germanophone de Belgique doit encore prendre position sur la demande de reconnaissance introduite auprès de ses services. Si elle l'approuve, le dossier pourra être rentré à l'UNESCO.


Lire

 


NOTES

[Vlam] L'Office Flamand d'Agro-Marketing assure la promotion, en Belgique et à l'étranger, des ventes, de la valeur ajoutée, de la consommation et de l'image des produits et services issus de l'agriculture, de l'horticulture, de la pêche et du secteur agro-alimentaire flamands. retour au texte

[Apaq-W] L'Agence Wallonne pour la Promotion d’une Agriculture de Qualité – Organisme d’Intérêt Public dépendant du Ministre wallon en charge de l’agriculture – a pour mission la promotion de l’image de l’agriculture wallonne et de ses produits sur un plan général et générique, et la promotion des producteurs et des produits agricoles et horticoles. retour au texte

[Home Frit' Home] Home Frit' Home, sis à Bruxelles, constitue à la fois un micro musée de la Frite, une galerie d'art belgo-belge et un gite urbain décalé.. retour au texte

 [Belgapom] Belgapom est l'organisation professionnelle belge qui défend, au niveau national et international, les intérêts des négociants en pommes de terre de consommation et de semences, des préparateurs-emballeurs, des exportateurs, des éplucheurs et de l'industrie de la transformation ; Belgapom est membre d'Europatat (l'Union européenne du commerce des pommes de terre) et de l'Euppa (l’Industrie européenne de transformation). retour au texte

[Frietmuseum] Musée de la frite situé à Bruges. retour au texte

[Syntra] Le centre de formation Syntra a développé, en collaboration avec l’Unafri, une formation de frituriste en cours du soir à raison de 100 heures réparties sur 25 sessions. Lancées à Kortrijk en 1990, les formations sont disponibles a Oudenaarde, Leuven, Hasselt, Sint Niklaas et Brugge. retour au texte

[Boerenbond] Le Boerenbond, association d'obédience catholique fondée à Leuven en 1890 et active en Flandre et dans les Cantons de l'Est, a pour objet de rassembler les entrepreneurs agricoles et les habitants de la campagne pour défendre leurs intérêts. retour au texte

[Unizo] L'Union des entrepreneurs indépendants rassemble plus de 80 000 entrepreneurs indépendants de Flandre et de Bruxelles actifs dans le commerce, la distribution, l'industrie et la transformation. retour au texte

[BIE] Association intercommunale active en Flandre occidentale ayant un protocole avec la Communauté flamande pour coodonner des intiatives concernant le patrimoine culturel immatériel. retour au texte

[CAG] Le Centrum Agrarische Geschiedenis (Centre d'Histoire Agraire), soutenu par l'Université catholique de Leuven, étudie le passé de l'agriculture et de l'alimentation, le préserve et le rend accessible au grand public, afin de donner à cet héritage la place qui lui revient dans la société et sa réelle signification actuelle. retour au texte