Les postes disparues de Bruxelles

Nicole Hanot
Mise en ligne 6 avril 2018


Depuis le XVIe siècle et jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, Bruxelles est internationalement connue comme siège d’une poste internationale. Aucun immeuble cependant ne subsiste pour témoigner de cette fonction et le grand public n’en a pas souvent connaissance. 

D’autre part, la « Poste centrale » de la ville a souvent déménagé depuis 1750 et, là encore, sont rares ceux qui en connaissent les adresses.

Cet article tente d’apporter quelque éclairage à quatre siècles de poste bruxelloise.

Sommaire

Au Sablon pendant bien longtemps…

La Poste aux lettres sous le régime autrichien – Rue du chêne (« Maison patricienne »)
La Poste aux lettres sous le régime français – Rue du Lombard… et ailleurs
La Poste aux lettres sous le régime des Alliés – retour des Tassis
La Poste aux lettres sous le régime hollandais – Rue du Bord de verre puis… rue du Chêne

La Poste aux lettres belge

  1. Rue de l'Évêque 31
  2. Rue de la Montagne 82
  3. Dans le temple des Augustins
  4. Place de la Monnaie
  5. Avenue Fonsny et place de la Monnaie
  6. Place de la Monnaie et Petite ile
  7. La poste éclatée d'aujourd'hui

Notes et bibliographie

  

Au Sablon pendant bien longtemps…

Permettez-nous de rappeler d’abord à nos jeunes lecteurs que l’histoire de la poste à Bruxelles commence en un temps… où il n’y avait pas de Poste.

Où ceux qui devaient échanger des messages, ne disposant ni de téléphone, ni d’ordinateur, tablette ou smartphone, ni de wi-fi ou li-fi, ne pouvaient que porter eux-mêmes leur courrier ou devaient le confier à quelqu’un pour le transporter.
Et cela ne se faisait pas à la vitesse de la 4G, cela se faisait à pied, à cheval, en bateau (à voiles).

Aucun état du XVe siècle n’a de service postal organisé pour sa population, et chacun doit se débrouiller à sa façon : des moines transportent d’abbaye en abbaye un rouleau de messages qui se complète en chaque lieu, les seigneurs désignent l’un ou l’autre de leurs vassaux pour servir de messagers, les marchands se rendent service entre eux ou paient à d’autres le transport des plis, etc.

Pour les puissants de ce monde-là qui doivent évidemment être tenus au courant de ce qui se passe dans leur état et doivent faire parvenir leurs ordres jusqu’aux frontières, le problème se double d’un aspect familial : ils ne vivent pas forcément avec leurs enfants – auxquels ils sont peut-être sentimentalement fort attachés mais qui représentent aussi, et parfois surtout, des gages de puissance future par les successions ou les mariages.

Il était donc une fois… un Maximilien d’Autriche qui avait épousé la riche Marie, dernière de la lignée des ducs de Bourgogne. Hélas, la belle épouse est morte jeune dans un accident de cheval et leurs enfants, Philippe dit le Beau, et Marguerite dite d’Autriche, ont été élevés par une tante de Marie, Marguerite d’York.

Philippe le Beau, à 18 ans, a épousé Jeanne, héritière du royaume de Castille ; ils vont avoir six enfants qui sont confiés à leur tante, Marguerite d’Autriche, pendant que le couple voyage des Flandres à l’Espagne … où Philippe meurt à 28 ans d’une fièvre (ou d’un empoisonnement, on ne sait pas très bien…).

Parmi les six gosses, il y a deux garçons qui peuvent succéder à leur grand-père.  Il faut donc que celui-ci soit bien au courant de tout ce qui leur arrive.  Et il faut que cela se fasse le plus rapidement possible.

famille maximilien Bernhard Strigel 003b 

Le couple Autriche-Bourgogne et sa descendance mâle, par le peintre Bernhard Strigel. ©Gryffindor 
Au 2e plan, de gauche à droite : Maximilien, son fils Philippe de Castille,
son épouse Marie de Bourgogne.
Au 1er plan : ses petits-fils Ferdinand Ier et Charles V (Charles-Quint),
avec Louis II de Hongrie (époux de sa petite-fille Marie d’Autriche


En 1490, le duc de Bourgogne consort Maximilien de Habsbourg confie aux Tasso le transport des messages entre sa propre résidence préférée d’Innsbruck (Tyrol autrichien) et Malines (dans les « pays de par-deçà » au nord de Bruxelles, actuelle Belgique) où résident ses petits-enfants élevés par sa fille Marguerite d’Autriche.

Voilà donc créée la ligne postale Innsbruck-Malines, par une famille de commerçants originaire d’un village lombard (au nord de l’actuelle Italie), connue depuis très longtemps pour l’efficacité de ses messagers.

Le duc de Bourgogne consort va devenir empereur des Romains sous le nom de Maximilien Ier d’Autriche.
La famille Tasso va franciser son nom en Tassis puis le germaniser en Taxis et par un tour de passe-passe généalogique y ajouter « de la Tour » pour arriver à se nommer « Thurn und Taxis » dans les pays germaniques et « de la Tour et Tassis » dans la francophonie, sauf à Bruxelles où son souvenir subsiste sous l’appellation d’un lieu… en « Tour et Taxis ».

Pour en revenir à la ligne postale Innsbruck-Malines de 1490, elle est établie par deux frères, Jeannetto (1450-1517) et François (1459-1517) de Tassis d’abord aidés par leur neveu Jean-Baptiste, puis par le reste de la famille.

 

Innsbruck Malines nh

Tracé de la ligne Innsbruck-Malines d'après le feuillet « premier jour »
émis par la poste belge pour la commémoration de la création de la ligne. 
De droite à gauche : Maximilien le commanditaire, François de Tassis le maitre de poste, Marguerite d’Autriche la régente des Pays-Bas.


À partir de 1516 Delmelle, on va parler de la ligne postale Innsbrück-Bruxelles car la régente des Pays-Bas transfère sa cour à Bruxelles : plus de 1000 km, parcourue par des courriers chevauchant nuit et jour pendant six jours, sonnant du cornet à l’approche des relais établis tous les 35 à 40 km ou devant les portes, fermées la nuit, des villes ensommeillées à traverser.

Marguerite d’Autriche s’installant à Bruxelles, François de Tassis y déménage également en 1516-7 ; depuis 15 ans, il est Capitaine et Maitre Général des postes et se doit d’habiter près du Palais du Coudenberg, siège du pouvoir.

 

carte Hadrianus Barlandus 1574 situations

Situation du palais au Coudenberg (en fuschia), du Sablon et de l’église Notre-Dame (en turquoise), et du grand marché (la grand-place actuelle en orange)
d’après Hadrianus Barlandus, Bruxella, urbs aulicorum frequentia, fontium copia, magnificentia principalis aulae..., 1574


François habite un vaste hôtel au Sablon, presque face au porche sud de l’église Notre-Dame (où il fera ériger une chapelle sépulcrale et où seront entombés après lui 18 membres de sa famille). 

Il s’agit d’une des plus somptueuses résidences de Bruxelles.
Elle comporte des espaces privés, de réception et de travail, de grands jardins et les dépendances nécessaires au service de la poste : logement des postillons, écuries, forge et sellerie.

Les cartes anciennes la cernent au nord-est par la rue des sablons où s’ouvre le porche de l’église Notre-Dame et au sud-est par la rue des Allegarbes qu’on appelait aussi plus communément « rue du Maître des Postes ».Bochart


hotel tassis Laboureur principis de latour details

 

Légende : 65 « P. Principis de Latour » in Bruxella nobilissima Brabantiae civitas
de J. Laboureur et J. Vander Baren
gravée par J. Harrewyn – disciple de Romeyn de Hooghe, 1695 


Après le décès de François, Jean-Baptiste lui succède dans sa charge et développe encore le réseau postal international en veillant à ce que plusieurs de ses treize enfants y occupe des postes-clés.

En 1534, le Chef et Maitre Général des postes de Charles-Quint par tous ses royaumes, pays, et seigneuries, Jean-Baptiste chevalier de Tassis, accueille en cet hôtel, à la demande de l’empereur, le Bey de Tunis Muley-Hazen (Abû `Abd Allâh Muhammad al-Hasan) et sa cour.

Il s’agit de traiter aux petits ognons un roi étranger venu demander l’aide de l’empereur pour récupérer son trône et freiner des corsaires méditerranéens tels que Barberousse – ce qui arrangerait parfaitement Charles-Quint.

Ce fut donc à lui [Jean-Baptiste de Tassis] de soustenir le faix de cete Cour d'Afriquains, & parmi ceux de cete grossiere & barbare nation garder la reputation de son Maistre par la splendeur du traittement & de l'accueil extraordinaire qu'il luy faisoit.

C'est chose estrange de ce qui se dit encore aujourdhui en cete Maison du genre de vie de ce Roy estranger: car il vivoit auec plaisir de ce qui donnerait la mort à d'autres. L'on raconte de lui, qu'il caressoit ses sens du goust & de l'ouye avec tant de soin, que les saulses des viandes qu'il mangeoit n'estoient que d'ambre gris, qui parfumoit les chambres où il prenoit ses repas. Ordinairement il mangeoit des pastez de paons & de phaisans, qui nageoient dans des aromats de si grand prix, que ces mets seuls coustoient chacun plus de cent escus en ce temps là : ce qui monterait presque au double en la saison presente. […]

Il alloit vestu a la façon de son Païs, & le Seigneur de Tassis, pour lui faire honneur, se vestoit de mesme, avec cete seule difference, que Muley-Hazen estoit vestu de pourpre, ancienne marque des Roys, & le Seigneur de Tassis l'estoit d'un drap d'or, à la façon des Grands de la Cour des Roys de Thunes. Auparavant qu'il retournast en Afrique mettre ordre à l'arrivée du secours que l'Empereur lui avoit promis de lui mener en personne, il se fit peindre avec le Seigneur de Tassis, vestus tous deux de la mesme façon qu'ils avoient observée pendant son sejour en la Cour de Bruxelles […]

Jules Chifflet, dans Les marques d'honneur de la maison de Tassis, Moretus, Anvers, 1645, p. 73-74 ajoute à ce commentaire les portraits du bey et du maitre de poste tels que représentés par Nicolaas van der Horst et Paulus Pontius :

                  Houghton Typ 630.45.277 Mulay Hasans 1645                 Houghton Typ 630.45.277 Jean Baptiste de Tassis 1645

Muley-Hazen

Jean-Baptiste de Tassis

© Rob at Hougton


Jean-Baptiste se dévoue sans compter et parcourt les routes aux côté de l’empereur, organisant pour lui transmission et réception de centaines de missives, malgré la fatigue et les maladies. En 1539, il rédige son testament et y précise que ses descendants, jusqu’à la dixième génération, devront se marier en Brabant et y résider sous peine d’être déshérités. Il décède à Ratisbonne en 1541, deux ans avant son fils François qui avait été nommé officiellement Maître général des Postes à 15 ans.

Un autre de ses fils, encore adolescent, prend la relève : Lenart, dit Léonard Ier baron de Tassis (1521-1602), qui occupe d’autant plus volontiers l’hôtel du Sablon que Charles-Quint, vieillissant, s’est réinstallé dans l’hôtel du Coudenberg.

Mais l’empereur abdique en 1555 et son fils Philippe II d’Espagne reste fort étranger aux problèmes de ses sujets du nord d’autant qu’il veut être un monarque absolu alors que l’élite des Pays-Bas désire continuer le système établi par Charles-Quint qui lui permet de collaborer aux affaires. Philippe, de plus, ignore systématiquement les protestations des autorités locales contre les ordonnances traitant de l’hérésie protestante, jugées trop sévères et qui leur semblent une atteinte aux privilèges et libertés constitutionnelles.

Lorsqu’en 1566 nait une fronde, le roi envoie l’armée et confie le gouvernement des Pays-Bas au Duc d’Albe. La répression commence par la mise en place d’un tribunal d’exception qui sera vite appelé le Conseil de Sang tant les condamnations sont légion.
Les Pays-Bas s’enflamment. On décapite vingt nobles devant l'hôtel du seigneur de Noircarmes au Sablon – à quelques dizaines de mètres de l’hôtel des Tassis – puis on exécute les comtes d’Egmont et de Horne sur la grand’ place de Bruxelles, ce qui marque le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans.

Le trafic postal ralentit et le courrier va jusqu’à mettre un mois de retard entre Bruxelles et Rome en 1569 ! Et Léonard est menacé de perdre son office…

En 1576, pendant le coup d’état du 4 septembre, un autre fils de Jean-Baptiste, prénommé comme son père, qui exerce une fonction politique pour Philippe II, est arrêté par les orangistes. Grâce à l’intervention de Léonard qui offre un beau cheval au commandant de l’infanterie, il est transféré et confiné à l’hôtel des Tassis. Dans la nuit, il s’évade laissant son épouse à l’hôtel et provoquant de ce fait l’emprisonnement de la dame pendant deux journées. Il rejoint le nouveau gouverneur des Pays-Bas, Don Juan d’Autriche, à Luxembourg.
Un an plus tard, ce diplomate Jean-Baptiste suit Don Juan à Namur où les rejoint son frère Roger de Tassis, docteur en droit civil et canonique et chancelier de l’université de Louvain. Léonard, toujours Général Maitre des Postes, doit aussi s’y rendre pour renouveler ses vœux de fidélité ; par prudence, il profite d’une réunion de conciliation entre les partis, prévue à Huy, pour quitter Bruxelles… et se rendre directement à Namur.

Une paix s’établit mais si fragile que bientôt la guerre reprend. Tandis que Léonard et sa famille suivent fidèlement les gouverneurs dans leurs tribulations et veillent à leur correspondance à Louvain, Malines, Lille, Arras…, les rebelles pillent et brulent leurs maison et château dans et hors Bruxelles, ne laissant au Maitre de poste, à son épouse et ses enfants, que ce qu’ils ont pu emporter avec eux. L’orangiste Jean Hinchaert, seigneur d’Ohain, usurpe le Généralat postal à Bruxelles.
La famille de Tassis s’est ruinée pour le service de son roi et ne peut qu’espérer la restauration de son pouvoir.

En 1685, la situation se stabilise quelque peu : l’Espagne a repris le pouvoir sur le sud des Pays-Bas alors que les provinces du nord se cherchent un roi, puis à défaut, forment une république.
En huit ans, le réseau postal des Pays-Bas a été anéanti : relais détruits, courriers disparus, chevaux réquisitionnés, routes non entretenues ou défoncées. Léonard rétablit d’abord les lignes Bruxelles-Namur-Lorraine-Bourgogne-Italie, Bruxelles-Hainaut-France et Bruxelles-Augsbourg-Trente.

En 1612, Lamoral Ier, comte de Tassis et du Saint-Empire, succède à son père Léonard comme Général Maitre des postes dans un pays apaisé par le règne des archiducs Albert et isabelle, leur cour bruxelloise devenant le centre de la diplomatie européenne.

 

selon Antoon Sallaert 2

L’hôtel des Tassis, face aux maisons qui entourent
le portail sud de l’église Notre-Dame du Sablon. 

Détail d’une œuvre de l’Atelier d’Antoon Sallaert – © Karmakolle 


De son hôtel, Lamoral doit lutter pour conserver les privilèges de l’exploitation postale car si le volume de correspondance a fortement augmenté étant donné l’exode des populations vers le nord, la « poste gouvernementale » des Tassis est suspecte pour les émigrés ; des comptoirs de messagerie et des services de diligence sont créés qui détournent une part du trafic postal.

Après sa mort, en 1624, des services postaux nationaux éclosent en Europe, la Compagnie des indes Orientales Néerlandaises drainent le courrier vers l’Asie mais les Tassis, même s’ils mènent de plus la vie des grands seigneurs, gardent l’exclusivité des relais internationaux. Le fils de Lamoral, Léonard II, ne survit que 4 ans à son père. C’est son épouse, Alexandrine de Rye qui devient officiellement Grande Maitresse des Postes de l’Empire et des Pays-Bas en attendant la majorité de leur fils Lamoral II.

Devenu VIIe Général Maitre des Postes, ce Lamoral-Claude-François comte de Tassis fait rebâtir en 1651 la chapelle sépulcrale édifiée en 1516 par François de Tassis. Luc Fayd’herbe réalise l’ensemble architectural de marbres noirs et blancs que l’on admire encore aujourd’hui.

chapelle funraire Tassis N D Sablon 

Chapelle sépulcrale

Exerçant sa charge dans les Pays-Bas espagnol et dans l’empire germanique, le comte obtient du roi Philippe IV d’Espagne et de l’empereur Ferdinand III, le droit d’ajouter à son nom celui de « de la Tour et Valsassine ».
Dès cette époque, la branche belge de cette famille est appelée « de la Tour et Tassis » alors qu’on utilise « Thurn und Taxis » dans les pays germaniques.

Lamoral crée un service de diligences transportant voyageurs et courrier (lettres et paquets). Pour la petite histoire, son 4e fils, François, épousera Anne-Hyacinthe d'Ursel, petite-fille de Conrard II d'Ursel qui fit entrer la seigneurie de Hermalle-sous-Huy dans les biens familiaux. Hermalle-sous-Huy où se trouve le musée Postes restantes, seul depuis 2003 à relater l’histoire de la poste en Belgique...

Albert et Isabelle étant décédés sans héritier, les Pays-Bas espagnol sont retournés à la couronne d’Espagne. Celle-ci est portée alors par Philippe IV puis, à partir de 1665, par son fils Charles II dit « le roi ensorcelé » sous le règne duquel Lamoral décède.

Lui succède au Généralat son deuxième fils, Eugène Alexandre qui va se voir octroyer le titre de prince de la Tour et Tassis. Pour fêter la victoire des Habsbourg contre les Turcs lors de la bataille de Buda [Budapest] à laquelle il a participé en 1686, le prince fait donner de grandes fêtes à l’hôtel du Sablon, et de part et d’autre de l’église Notre-Dame. Nous en avons conservé le souvenir grâce aux gravures de Romeyn de Hooghe :

 Feest bij de intocht van Leopold I in Brussel 1686 Romeyn de Hooghe 1686 1687

Il y a tir du canon au petit Sablon, réception dans la cour…

Intocht van Leopold I in Brussel 1686 Romeyn de Hooghe 1686 1687

feux d’artifice…

Vuurwerk bij de intocht van Leopold I in Brussel 1686 Romeyn de Hooghe 1686 1687

mise à disposition des jardins
dont les orangers seront transportés plus tard au château de Laeken.

 bezoekers van de paleistuin in brussel 1686 romeyn de hooghe 1686 J7WJT5

et le prince se réserve pour lui-même de présider un banquet galant
avec dix-sept dames seulement à sa table entourée d’une foule de seigneurs et de serviteurs.

Diner ter ere van de intocht van Leopold in Brussel 1686 Romeyn de Hooghe 1686 1687


En 1698 et 99, un certain Chaumont dirige la poste à Bruxelles et, comme d’autres avant et après lui, ne respecte pas vraiment le secret de la correspondance ! Fénelon, par exemple, reçoit communication par lui, ces années-là, d’extraits de lettres le concernant… rédigées par le janséniste Jean Libert Hennebel docteur en théologie et président du collège de Viglius à Louvain.Fénelon 

Après le décès du roi ensorcelé, c’est un Français qui occupe le trône d’Espagne sous le nom de Philippe V. Ce petit-fils de Louis XIV délègue au roi soleil la gouvernance des Pays-Bas ce qui explique que lorsque Philippe V rachète la poste au prince Eugène de la Tour et Tassis, il confie le fermage au directeur général des Postes et Relais de France Léon Pajot avant de l’incorporer carrément à la couronne espagnole.
Le prince de Tassis, quant à lui, va transférer son logis et les bureaux des postes impériales à Francfort-sur-le-Main.

C’est encore et toujours la guerre entre la France et l'Angleterre, les Provinces-Unies, le Portugal et le Saint-Empire résolument alliés à partir de 1701 pour combattre Louis XIV et qui veulent utiliser les Pays-Bas comme état-tampon.

Les Français sont vaincus à Ramillies en 1706, année où les alliés donnent la « direction générale des Postes espagnoles » à François Jaupain… sans tenir compte des droits héréditaires des Tassis pourtant princes du Saint-Empire.

En 1709, ce Jaupain, qui avait été précédemment valet de chambre de Ernest Ruth d'Ans à Bruxelles, incite le Français Nicolas Lenglet-Dufresnoy secrétaire du prince-évêque Joseph-Clément de Bavière allié à Louis XIV, à entrer au service de la coalition alliée ; il se présente à lui comme une sorte d’agent secret des généraux alliés, leur communiquant les informations utiles qu’il recueille dans les lettres qui passent par son office de Bruxelles, et organisateur d’un réseau de correspondants qui l’informent sur les mouvements des armées et officiels français.Sheridan

La famille Tassis, en la personne du prince Anselme, ne sera réintégrée dans ses fonctions qu’après 25 ans de démarches, en 1731, mais dans l’obligation de payer une créance à Jaupain et une redevance annuelle à l’empereur.

En 1744, nouvelle guerre européenne : celle de la succession d’Autriche, et donc nouvel envahissement des Pays-Bas… dit autrichiens, notamment par le maréchal Maurice de Saxe qui prend ses quartiers dans l’hôtel de la Tour et Tassis, le plus fastueux de Bruxelles.

L’imprimeur-éditeur Eugène-Henri Fricx le décrit en 1745 :
« La façade est flanquée de deux pavillons avec un portail régulier très exhaussé et une balustrade de pierre blanche percée sur le magnifique entablement qui règne au long jusqu’aux pavillons. Les corps de logis intérieurs sont percés, avec beaucoup de symétrie, de plus de soixante croisées ou fenêtres à la charpente du toit, avec des frontons réguliers de différentes figures. Les appartements sont superbement meublés. On y voit de grandes et belles salles et quantité de chambres dont les parois sont garnies de tableaux qui représentent les héros de la famille. Le cabinet de la princesse est digne de l’attention des curieux. Il est rempli de quantités de pièces et d’ouvrages de grand prix en toutes sortes de genres. Les agates, les coraux, l’ivoire, l’émail y fournissent matière aux ouvrages les plus délicats. Les miniatures fines y frappent agréablement la vue. En un mot, c’est un des plus beaux cabinets du pays. Le jardin est quarré et comparti en allées garnies des plus beaux orangers, chargés de fleurs et de fruits. Les murs y sont tapissés de verdure, et trois bassins avec des jets d’eau en font un des plus beaux ornements. Une avenue d’un grand berceau de verdure y mène de la cour de l’hôtel. Elle aboutit d’abord à une grande galerie qui sert de serre à conserver les orangers et les fleurs. On trouve ensuite cinq grandes statues de marbre blanc, parmi lesquelles celle de Pallas est une des plus belles qu’on voie. On y voit encore une plate-forme entre deux dômes, ornée d’une galerie où sont quatre bustes de marbre blanc d’une admirable sculpture. »Hymans

 

En 1749, Charles de Lorraine est le gouverneur des Pays-Bas. Postes et diligences se développent à nouveau avec la paix retrouvée mais les princes de la Tour et Tassis se sont installés à Ratisbonne l’année précédente : Alexandre Ferdinand a été nommé principal commissaire impérial à la Diète qui se tient en cette ville Nobiliaire ;  il se doit d’y demeurer et Bruxelles est si loin… Inutile sans doute de conserver cet immense hôtel.

François Gabriel Joseph, marquis du Chasteler et de Courcelles (1744-1789), directeur de l'Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, chambellan de Leurs Majestés impériales et royales apostoliques, reprend l’hôtel bruxellois des Tassis en 1782 et le vend en juillet 1789, peu avant sa mort, à Édouard de Walckiers, conseiller-receveur général des Finances des Pays-Bas autrichiens. Bruxellesanecdotique

Ce banquier le revend aux religieuses Carmélites thérésiennes pour usage de monastère.
La révolution fait fuir celles-ci à Saint-Denis ; revenues à Bruxelles, elles obtiennent de rentrer dans leurs pénates et érigent une église en 1792.
En 1796, l’immeuble est vendu comme bien national par les Français et les religieuses sont expulsées.
Une rue « de l’Arbre » est percée dans l’ancienne propriété des Tassis. L’église carmélite devient le temple maçonnique des Amis philanthropes – qui sera exproprié en 1864 car tout le quartier va être bouleversé par la prolongation de la rue de la Régence, en 1872, jusqu’au tout nouveau et monumental palais de justice et bien des immeubles rasés, comme l’hôtel des Tassis.

Il n’en reste plus rien, si ce n’est deux plaques de bronze pour le rappeler, l’une en français et l’autre en néerlandais – bilinguisme politique oblige –, de chaque côté d’une petite porte du conservatoire de musique.

 hotel tassis rue regence plaques bronze 2

Rue de la régence, quasiment à l’angle du Petit Sablon

La famille de Tassis n’en a pas fini pour autant avec Bruxelles et celle-ci garde une poste…

 

La Poste aux lettres sous le régime autrichien – Rue du chêne (« Maison patricienne »)

En 1750, le prince Alexandre Ferdinand von Thurn und Taxis est donc installé depuis deux ans à Ratisbonne. Il a, à Bruxelles, un directeur général des Postes de Sa Majesté dans les Pays-Bas autrichiens pour faire tourner l’entreprise : le bavarois François-Guillaume-Georges baron de Sickenhausen.

Ce monsieur repère et achète au nom et pour le compte du prince un immeuble sis rue du chêne 10 qui appartient aux petits-enfants d’un sire Jacobs et de son épouse. L’immeuble, pour une part hôtel pour l’autre dépendances, date du XVIIe siècle ; il a servi de maison bourgeoise et de commerce, il devient la Poste aux lettres bruxelloise.

 Bxl rue Chene AVB NPPB28bis

Avec l'aimable autorisation des Archives de la Ville de Bruxelles | Archief van de Stad Brussel pour la reproduction sur le présent site. 


Le baron de Sickenhausen habite la partie résidentielle, avec salons de réception, en forme de L bordant une première cour intérieure à laquelle on accède par une entrée large et profonde passant sous le corps principal à rue de l’hôtel. Dans l’axe de ce porche, au fond de la cour se trouve une seconde entrée cochère débouchant sur une deuxième cour bordée d’écuries, remises et magasins où sont installés les bureaux de la poste aux lettres.

Sept ans plus tard, le baron est remplacé par le vicomte de Becker et le « Bureau général des Postes » continue son office au même endroit renseigné comme « près de Manneken-Pis ».

Rue Chene patricienne

Situation du 10 rue du chêne sur le plan Popp.


Pour la facilité du public, quatre boites particulières reçoivent le courrier à expédier ; elles sont situées sur la Montagne de la Cour, près du Treurenborgh, dans la rue des Fripiers, et au Marché aux Grains.
La poste aux chevaux se situe, quant à elle, rue de l’Hôpital.Mann

On note que la surveillance du courrier n’est pas un vain mot :

« En France, comme le dit Jérôme Croyet, « le travail des comités de surveillance passe par la correspon¬dance qui leur est vitale ». Le propre d’une police politique, en effet, est d’échanger et de contrôler l’information. À ce titre, les comités de surveillance du Brabant s’emploient à tenir informés à la fois leurs homologues et les autorités en place à Bruxelles grâce à une intense correspondance. Plus encore, ils contrôlent les bureaux de poste afin de vérifier tout courrier suspect. Le comité de surveillance d’Anvers va même jusqu’à remplacer le directeur du bureau postal par un homme résolument favorable au nouveau régime. Mais ce contrôle pose rapidement des problèmes. Dès lors, le 24 nivôse an III [13 janvier 1795], les Représentants du peuple interdisent pareille pratique à tout agent ou à tout comité de surveillance. C’est désormais aux directeurs des postes-aux-lettres eux-mêmes d’envoyer la correspondance suspecte à l’Administration centrale et supérieure de la Belgique à Bruxelles. »Renglet

La prise de possession de nos contrées par les Français en 1794 provoque la vente de l’immeuble de la rue du chêne qui redevient une maison de commerce puis une habitation privée. C’est aujourd’hui une propriété de la ville de Bruxelles.

 

La Poste aux lettres sous le régime français – Rue du Lombard… et ailleurs

Avec le régime français, la poste cesse d’être une ferme (un service rapportant des revenus publics à un particulier auquel le roi a délégué le pouvoir contre rémunération) et devient une régie (un organisme public officiel gérant service et travail pour le compte de l’État). L’organigramme de l’époque est confirmé par la loi de 1799 évoqué par J. Chateigner, dans son Almanach de Bruxelles, ou tableau de l'Organisation du Gouvernement et des Autorités constituées de l'Empire Français pour l'an XIII-1805, paru chez G. Huyghe, Bruxelles, 1805, pages 309 à 311.

  • Rue du Lombard, sect. 8 , n.° 1173 se trouve l’inspecteur des postes dans le département de la Dyle, & autres circonvoisins M. Breuilly,
  • Même rue et même section, mais au n° 1468, c’est le Bureau général des Postes.
  • La rue de la Révolution (ancienne rue des Alexiens), section 8, n° 510, abrite la Maison de la Direction abrite le directeur des postes A. F. Gonse et le contrôleur J. H. Michiels, contrôleur,
  • Rue d’Acolay, section 2, n° 352, travaille C. Bourgogne, premier commis aux chargements et affranchissements
  • La rue du Chêne, section 2, n° 1374 voit œuvrer le deuxième commis, distributeur en chef, S. Lubin,
  • La rue du Poinçon, section 2, n° 478, accueille le troisième commis, caissier des envois d’argent, Ch. Poches,
  • La rue d’Or (portion de l’actuelle rue du Marais entre la rue des Sables et la rue des Comédiens), section 7, n° 235, est destinée au quatrième commis, employé au départ, J. Chauveau,
  • La rue des Minimes, section 1, n° 982, est réservée au cinquième commis, également employé au départ,
  • La rue d’Or, mais section 8, n° 520, permet aussi au sixième commis, P.C. Saint-Aubin, de traiter la comptabilité.
  • On ne sait plus où travaillait « Breuilly, jeune » mais
  • La rue de la Postérité (actuelle rue Terarken), section 7, n° 16 abritait Et. Kemmeter, un surnuméraire.

Sept facteurs distribuent les lettres à Bruxelles et cinq boites accueillent le courrier des expéditeurs relevé à 10h30 pour le rassembler au bureau général ; elles sont 

  • N° 145 Rue & près du Treurenberg,
  • N° 705 Montagne-des-Victoires
  • N° 1164 Rue du Ballon (rue des Fripiers Chateigner)
  • N° 1641 Rue du Commerce dite de Sainte-Catherine
  • N° 1049 près du Grand-Sablon

La poste aux chevaux est établie hôtel et rue de l’Impératrice, section 7, sous la direction de M. Lefebvre, maitre des postes.

L’occupation française de nos contrées s’arrête début 1814.

 

plan Fricx 

Situation des rues où se trouvaient les bureaux (en rouge) et les boites postales (en vert).
Sur fond de carte issu du guide Description de la ville de Bruxelles par et chez Georges Fricx, éditeur-imprimeur, Bruxelles, 1743.

 

La Poste aux lettres sous le régime des Alliés – retour des Tassis

Le 7 février de cette année-là, Charles-Auguste, duc de Weimar, commandant en chef l'Armée combinée Russe, Prussienne et Saxonne dans le Brabant (30 000 hommes de la 6e coalition), entre à Bruxelles et y installe son quartier général.

Il se voit rapidement demander le rétablissement dans leurs fonctions de divers personnages d'importance dont le prince de la Tour et Tassis qui avait été privé de ses droits en Belgique en 1794. On le laisse reprendre possession de l’administration des postes belges car le gouvernement a besoin d’une réorganisation de ce service.

En fait, le prince Charles-Alexandre de la Tour et Taxis a passé un accord dès le 16 janvier, à Franckfort, avec les hautes puissances confédérées pour avoir la concession de l'administration provisoire des postes de la rive gauche du Rhin. Le prince va ainsi s'approprier, selon une estimation faite par M. de Stein, chargé de la réorganisation administrative des pays occupés par les alliés, 200 000 francs de revenu annuel qui auraient dû revenir à l'État. ARSLBB  

Sur le plan pratique, l'Arrêté des commissaires généraux des Hautes-Puissances Alliées (comte de Lottum et Delius) portant réorganisation provisoire des postes dans la Belgique du 28 février 1814 précise :

Vu l'acte passé à Francfort le 16 janvier dernier, de la part des hautes puissances confédérées, avec son altesse sérénissime, qui concède à la maison de la Tour et Taxis l'administration provisoire des postes de la rive gauche du Rhin ;

Vu en outre le plein pouvoir en date du 2 du courant, autorisant M. Loomens, directeur du chef-bureau des postes de Dusseldorf, à prendre au nom des Hauts-Alliés, possession des postes de la Belgique, et les y organiser ;

Considérant qu'il est urgent de rétablir les communications d'une manière sûre et prompte :

Ordonnent ce qui suit :

Art. 1er. M. Loomans est reconnu fondé de pouvoirs de son altesse sérénissime le prince Charles-Alexandre de la Tour et Taxis, pour l'organisation provisoire des postes dans la Belgique, et devra être reconnu comme tel dans toute l'étendue du gouvernement provisoire.
2. En cette qualité il procédera à la réorganisation de la branche importante du service confié à son administration, et il aura soin d'entretenir une correspondance suivie dans toute la Belgique, et d'établir incessamment une communication sûre avec les quartiers généraux de la grande armée.
3. Les fonctionnaires dans l'administration des postes, sans exception, respecteront et exécuteront les ordres que ledit sieur Loomans leur fera parvenir relativement au service.
4. Les revenus des postes, antérieurs au 1er mars, jour où les fonctions du sieur Loomans commenceront, devant être mis à la disposition du gouvernement de la Belgique , les directeurs des postes sont tenus de verser dans la caisse centrale de la Belgique tous les fonds perçus et à percevoir, provenant de l'administration qui a précédé ce terme ; ils accompagneront leurs versements des procès verbaux de vérification, conformément aux instructions qu'ils auront reçues à cet égard de la part de M. le secrétaire général des finances.
5. Les autorités civiles et militaires sont invitées de prêter, en cas de besoin, au sieur Loomans, toute l'assistance qu'il pourra demander.

Le comte de Lottum fut nommé gouverneur de Bruxelles pour les affaires militaires, M. Delius gouverneur pour les affaires civiles. Leurs charges se terminèrent le 20 mars 1814 lorsque le comte de Horst prit ses fonctions de gouverneur général de la Belgique. Pasinomie 

 

La Poste aux lettres sous le régime hollandais – Rue du Bord de verre puis… rue du Chêne

Entre 1815 – Jean d'Osta indique dans Les rues disparues de Bruxelles que la poste aux lettres y avait son siège « sous le régime hollandais » – et 1826, la Grande poste aux lettres se trouve rue du Bord de verre.  Cette appellation étrange résulte de la mauvaise traduction du nom flamand Gelaskensborre [fontaine au gobelet – il était assez courant que des gobelets en fer soient reliés par une chaine à la fontaine pour l’utilité des voyageurs.]

Les quatre boites de dépôt du courrier sont situées Montagne de la Cour, sect. 7, rue du Treurenberg, sect. 7, rue des Fripiers, sect. 5, rue de Flandre, sect. 3.

Les locaux de la poste rue du Bord du verre deviendront ceux de la pharmacie centrale de l’armée en 1826.Henne-Wauters 

Dès 1824, il est en effet prévu que la Grande poste aux lettres doit être transférée dans « l'hôtel du gouvernement » [actuel Parlement bruxellois] :

« Du Mannekenpis, on monte la rue du Chêne. Dans cette rue se trouve l'hôtel du gouvernement qui reunira l'administration et les bureaux de poste; l'administration et les bureaux de l'enregistrement et du timbre ; l'administration et les bureaux de la foresterie, l'administration et les bureaux des accises et des droits d'entrée et de sortie ; l'administration des ponts et chaussés avec ses bureaux ; la façade de l'hôtel du gouvernement, quand elle sera entièrement achevée, sera imposante. Dans l'intérieur de l'hôtel on admire la salle des états provinciaux qui est en petit, une imitation de celle de la seconde chambre. Les mêmes artistes y ont travaillé. Tout est bien distribué dans l'hôtel du gouvernement. Les heures de travail sont de huit à trois heures; à midi le public est admis dans les bureaux pour obtenir les renseignemens et les éclaircissemens que l'autorité peut donner. » Gauthier

Rue Chene bord du verre gouv provincial

Sur fond de carte Popp, circa 1880 :
Pour mémoire : en rouge, le 10 rue du chêne qui appartenait aux Tassis.
En fuschia : n°11 rue du Bord du verre ; cette rue perpendiculaire à la rue des Bogards est devenue ensuite l'extrémité de la rue du Poinçon.
En mauve : l'Hôtel du gouvernement de la rue du chêne (actuel parlement bruxellois)

 

La Poste aux lettres belge

 

1- rue de l’Évêque 31

En 1830 la Belgique, devenue État par sa révolution, organise elle-même ses services. Dix ans plus tard, l’Administration générale des Postes et la boite principale sont sises rue de l’Évêque, dans l’ancien hôtel de Cruyckenbourg 

Les envois d’argent sont acceptés jusqu’à midi ; la dernière levée des courriers est à 5 h. 1/4 du soir et ces lettres partent aussitôt.
Le courrier de Paris arrive tous les jours à Bruxelles, de 2 à 3 h de l’après-midi.

Des boites, relevées a à 5 h. du matin et à 2 h. l’après-midi, sont installées dans les quartiers : Au palais du roi - Montagne de la Cour, 44 - Rue de l'Etuve, 20 - Rue Haute, 155 - Rue Treurenberg, 13 - Rue de Schaerbeck, 117 - Rue de Flandres, 24 - Rue des Sables, 19. Duplessy

Un an plus tard, le service s’est développé : le siège dirigé par M. Delfosse est toujours rue de l’Évêque, les contrôleurs étant MM. De la Chapelle et Beels, le caissier comptable M. De Houwer. On compte deux sections comportant chacune 3 bureaux s’occupant des offices étrangers, de la comptabilité, vérification des produits, ordonnancement des dépenses, franchises et contreseings, des rebuts et du matériel, des transport des dépêches, correspondances intérieures et étrangères, des relais et messageries, du service des postes rurales.

Le nombre de boites a changé : outre la boite centrale, il y en a 7 secondaires (rue de Treurenberg Montagne de la Cour, rue de Flandre, rue haute, rue de Schaerbeek, rue de l'étuve, maison du libraire Tircher ; rue des gabions) et 6 dans la banlieue (faubourg de Louvain en face de l'église de St Josse-ten-Noode ; faubourg d'Anvers à la station du chemin de fer ; faubourg de Flandre, de Namur, de Schaerbeék près de la maison communale, de Saint-Gilles). Elles sont levées à 6h30, 8h, 17h15 et 20h.

Le bureau central est ouvert depuis 8 heures du matin jusqu'à 7 heures du soir; cependant à l'arrivée du courrier de France, il est fermé pendant 3o minutes pour accélérer le travail de la distribution.

La distribution pour la ville a lieu cinq fois par jour : à 8 h, 9h30, à 14h30, à 17h et à 19h.
Pour la banlieue deux fois par jour : à 8 h et 15h. Pour le canton postal de Bruxelles : une fois par jour, à 8h.

Les lettres recueillies dans la banlieue sont distribuées à Bruxelles à 9h30, 14h30 et 17h, et celles recueillies dans l’arrondissement à 19h.

Quant à l’affranchissement :
Par suite d'une nouvelle convention conclue entre la France et la Belgique, les lettres à destination de Constantinople, Alexandrie et Smyrne peuvent être expédiées sans affranchissement préalable.
Toute lettre pour l'intérieur peut être affranchie jusqu'à destination ; toute autre pour les pays étrangers peut l'être soit jusqu'aux frontières, soit jusqu'à destination, selon les traités qui existent à cet égard. 
L'affranchissement est obligatoire pour la Grande-Bretagne, l'Autriche, la Pologne, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Turquie, les Échelles du Levant, pour toutes les Colonies et autres Pays ou États d'Outre-mer, à l’exception des possessions françaises dans le nord de l'Afrique. Almanach1841

Popp mouchoir de poche

Sur fond de carte Popp :
Situation de la poste rue de l’Évêque 31 en rouge,
transférée ensuite rue de la Montagne 82 en fuschia.
Pour mémoire : emplacement de l’Hôtel des Monnaies en noir.


2- rue de la Montagne 82

En 1854, le bureau central de la Poste se trouve rue de la Montagne 82 et A. Hochstein en est le directeur-percepteur. Un bureau annexe se trouve rue de la Pépinière 2, à la porte de Namur.
On compte bien plus de boites postales dites « secondaires » : 

  1. porte de Léopold
  2. porte de Louvain
  3. porte de Schaerbeek
  4. porte de Cologne
  5. porte de Laeken
  6. porte du Rivage
  7. porte de Flandre
  8. porte de Ninove
  9. porte d'Anderlecht
  10. porte de Hal
  11. porte Louise
  12. station du Midi
  13. station du Nord
  14. rue Royale (ministère de la guerre)
  15. rue du Marais-Meyboom (poste des pompiers
  16. rue du Grand-hospice (poste des pompiers)
  17. rue du Poinçon (commissariat de police)
  18. rue du Chêne (hôtel du gouvernement provincial)
  19. Grand'Place (hôtel de ville)
  20. place Royale (ministère des travaux publics)
  21. place du Petit-Sablon (commissariat de police)
  22. place de la Monnaie
  23. Galerie de Saint-Hubert
  24. place du Palais de Justice.

Entre autres informations, l’Almanach du Commerce et de l’industrie publié avec le concours du Gouvernement par le libraire-éditeur bruxellois Tarlier en cette année 1854, indique page 336 que le bureau des lettres poste-restante est ouvert de 8 h. du matin à 7 h. du soir, et de 9 à 9 h. 1/2 du soir.

La distribution des lettres se fait :

  • Pour la ville, à 7 h. 3/4 et 10 h. 5/4 du matin; à 12 h. 1/2, 3 h. 3/4 et 6 h. 1/4 de relevée.
  • Pour les faubourgs, à 7 h. 3/4 du malin; à 12 h. 1/2 et 6 h. 1/4 de relevée.
  • Pour les communes d'Anderlecht, Uccle, Ixelles, Etterbeek, Schaerbeek, Laeken, Coeckelbergh et Jette St.-Pierre, à 7 h. 3/4 du matin et 12h. 1/2 de relevée.
  • Pour les communes de Dilbeek, Itterbeek, Grand-Bigard, Berchem-Ste-Agatlhe, Watermael, Auderghem, Woluwe-St.-Pierre et Woluwe-SL-Lambert, à 7 h. 3/4 du matin.


3- Dans le temple des Augustins (actuelle place de Brouckère)

La poste bruxelloise déménage encore et s’installe dans l’ancienne église des Augustins qui fut désacralisée, resacralisée, servit d’hôpital, fut transformée en temple protestant, puis en salle de concert et d’expositions, et enfin en poste centrale en 1875.

Eglise des Augustins

Mais c’est pour peu de temps. 
Le temps de trouver un emplacement pour ériger l’édifice digne d’un service postal qui prend de plus en plus d’ampleur et auquel toutes les grandes villes offrent de véritables palais. 
Le temps de démolir l’Hôtel des Monnaies construit en 1755 sur la place.… de la Monnaie. 
Le temps de bâtir le nouvel hôtel des Postes.


4- Place de la Monnaie

En 1892, Bruxelles inaugure sa Poste centrale aux lettres, face au Théâtre de la Monnaie qui garde heureusement son nom. 

Grand poste BXL 1892

Hôtel des postes remplaçant l'Hôtel des Monnaies.


Le quotidien bruxellois à vocation nationale Le Soir publia à l'occasion de l'inauguration du 20 novembre 1892 :

« Il était une heure précise hier après-midi quand on a fermé les portes de l’antique temple des Augustins. L’après-midi déjà la brigade des facteurs faisait le triage dans le nouveau local et aux abords le public circulait, anxieux, contemplant le va-et-vient des employés et regardant béatement le nouvel hôtel. Dès le matin une vraie foule a envahi le hall public et des gens en masse ont absolument voulu soit acheter une carte postale, soit un timbre « à dix ». Aussi faisait-on queue aux guichets. Décrire dans les détails le nouvel hôtel serait banal : tous les Bruxellois l’iront voir eux-mêmes ; disons seulement qu’il nous paraît, malgré toutes critiques, avoir été aménagé avec bon sens incontestable ; on a pourvu à tout, on a même fait du luxe sans qu’il en ait coûté

Il y a un reproche à faire cependant : il paraît que l’entrée par le Passage des postes, réservé depuis toujours à cet effet, ne sera pas ouvert au public.

Du monde officiel personne n’est venu pour assister à l’inauguration. Notre ministre des Chemins de fer, postes et télégraphes, M. Vandenpeereboom, aura eu peur sans doute qu’on l’accuse de s’être entendu avec M. Buls, notre bourgmestre, pour faire en sorte que l’inauguration n’ait pas été célébrée par quelque fête qui eût donné quelque animation à Bruxelles ! »

En 1896 le peintre belge Jean Emmanuel Van den Bussche orne le hall d'entrée de peintures murales traitant de thèmes postaux : Jean-Baptiste de Tassis prêtant serment à Charles-Quint, Sir Rowland Hill, inventeur du timbre-poste, l'Union postale universelle avec le drapeau belge pour rappeler la part importante de la Belgique dans la fondation de cette institution.


5- Avenue Fonsny et place de la Monnaie

En 1958, la poste belge ouvre avenue Fonsny (à Saint-Gilles, au sud du pentagone), le long de la gare du Midi, un centre de tri automatisé conçu par les architectes Adrien et Yvan Blomme & Fernand Petit le long des voies de chemin de fer de la gare du Midi.

Ce bâtiment massif, pourvu au rez-de-chaussée – côté avenue – de neuf entrées carrossables à volets métalliques donnant accès aux garages et quais de déchargements, se trouve au milieu d’une suite de trois immeubles et y propose le plus grand volume : 7 étages, 114 m de longueur mais ses 14 m seulement de profondeur obligent les concepteurs à imaginer un surplomb au-dessus des voies ferrées pour atteindre une profondeur de 29 m.

Le style est moderniste (que d’aucuns appellent stalinien) sous toit plat comportant une plate-forme pour hélicoptères. Les façades extérieures des trois immeubles, couvertes d'une brique de parement jaune, lisse, d'un même format dite « brique de Fauquenberg », maçonnée avec de larges joints de 2 cm, assurent une continuité visuelle. Soubassements et cordons sont en pierre bleue, structures des baies et auvents en béton. 

Les extrémités de la façade à rue du bâtiment postal sont deux pans de mur aveugles ornés de gigantesques (à hauteur des premier et deuxième étages) bas-reliefs allégoriques en pierre bleu.

 bas relief Jacobs   bas relief lebel
Gustave Jacobs, Le tri postal, 1957 Rolf Ledel, Le travail du facteur ambulant, 1957

© BUP


Quinze millions de pièces postales vont y être traitées chaque semaine jusqu’en 1998.

 

De 1966 à 1971, de grands travaux ont bouleversé l’harmonie de la place de Brouckère et du boulevard Anspach.

La Grand-Poste appartenait à l'Etat qui souhaitait acquérir l’hôtel d’Egmont au Petit Sablon pour en faire un lieu de prestige. La ville de Bruxelles, propriétaire de ce Palais, souhaitait de son côté installer son centre administratif en plein cœur de son territoire. Les deux se mirent d’accord et la ville acheta en outre des maisons du boulevard Anspach pour posséder tout l’ilot face au Théâtre de la Monnaie.

La Grand-Poste de 1872 a donc été détruite, ses services étant provisoirement déplacés au « Parking 58 », et remplacée par un immeuble de 63 m. de haut, sur un socle trapézoïdal, tout en façades vitrées, conçu par les architectes Jacques Cuisinier, Jean Polak, J. Gilson et R. Schuiten : le « centre Monnaie ».

 Centre Monnaie plaque

 

Offrant 61.000 m² de bureaux, un accès au métro, quatre niveaux de parking souterrains, il est principalement la propriété de la Ville de Bruxelles pour 25.000 m² et de la Poste pour 35.000 m². Il abrite un centre commercial, les services administratifs de la ville et ceux de la poste. Le bureau central de celle-ci occupe 12.000m² du socle trapézoïdal de l'immeuble ; les salles publiques qui communiquent avec les galeries inférieures, un bureau de tri, les installations réservées au personnel et le bureau public de la Régie des Télégraphes et Téléphones complètent le secteur de la poste.

 

Centre Monnaie aerien

Vue aérienne d'après Google maps.

 

6- Place de la Monnaie et Petite Ile

Si rien ne change pour le bureau de poste du Centre Monnaie, il est décidé de créer un nouveau centre de tri qui doit être totalement opérationnel en 1998. 

En 1996, le travail postal se partage déjà entre l’avenue Fonsny où l’on trie les pièces transportées par route et la « Petite Ile » où sont dirigés déjà les trains postaux en raison des travaux du TGV à la gare du Midi. Cela génère des perturbations de distribution dont on parle jusqu’à la Chambre des Représentants Chambre

Fin 1997, la poste de « Bruxelles X » déménage donc vers le lieu-dit Petite Ile – du nom d’une ancienne guinguette près de laquelle, dans le premier quart du XXe siècle, on construisit une gare de marchandise où soulager la gare du Midi trop encombrée.

C’est le même genre d’histoire qui se répète donc à l’adresse du boulevard industriel, Anderlecht, avec une variante : la Poste n’achète pas ; elle reprend un terrain de la SNCB sur la petite ile et offre en échange ses locaux de tri de l’avenue Fonsny dont les 1500 postiers sont transférés à Anderlecht.

Sept nouvelles machines d’indexation et de tri sont équipées d’un système OCR (Optical character reading) qui reconnait l’écriture des adresses et des codes postaux à raison de 90 % pour les mentions dactylographiées et 60 % pour les manuscrites – les « pattes de mouche » étant décryptées par un opérateur grâce à un écran vidéo. Elles traitent 2 200 000 courriers par jour qui ne sont plus entassés dans des sacs mais placés dans des bacs en plastique.Vuille

 

7- La poste éclatée d'aujourd'hui

En 2017, Bruxelles-ville compte 4 bureaux : Bd Anspach/place De Brouckère, le centre Monnaie – Rue Stevin, le bureau Livingstone – Bd. Bischoffsheim, le bureau Madou – et Rue des Bogards. 

Le centre de tri d’Anderlecht a dû être abandonné étant donné la taille de la nouvelle machine de tri des paquets : elle s’étend sur deux étages et comporte plus d’un kilomètre de tapis roulants.

Le nouveau centre, le plus grand du Benelux et le second en terme d’importance au niveau européen, est ouvert depuis octobre 2017 chaussée de Vilvoorde à Neder-Over-Heembeek, une section nord de la ville de Bruxelles.
La Poste y centralise le tri pour l’ensemble du pays, soit quelques 190 000 paquets et 2 000 000 de lettres par jour selon le service de presse interrogé en mars 2018. Le centre emploie toujours 1 500 postiers. 

Le centre administratif est encore toujours au « Centre Monnaie », appelé « The Mint » depuis sa récente rénovation, et devrait y rester mais dans un espace plus réduit car bpost, en accord avec la Ville de Bruxelles, aimerait vendre l’immeuble pour n’y louer ensuite que l’espace strictement nécessaire…

 


 


Notes et bibliographie

 

Berthe Delepinne, Histoire de la poste internationale en Belgique sous les grands Maîtres des Postes de la famille de Tassis, H. Wellens & W. Godenne, Bruxelles, 1952.

Le Patrimoine monumental de la Belgique, Bruxelles, T. 1A Pentagone A-D, Pierre Mardaga, Liège, 1989, p. 267 & T. 1C Pentagone N-Z, p.130.

Camille Allaz, Histoire de la Poste dans le monde, Pygmalion, Paris, 2013.

Delmelle  Joseph Delmelle, Histoire des Postes belges, La belgothèque/paul Legrain, Bruxelles, 1983, p. 16.  – retour au texte.

Bochart Bruxelles. Ancien et Nouveau. Dictionnaire historique des rues, places, édifices, promenades, etc., Eugène Bochart, 1853.  – retour au texte.

Fénelon Correspondance de Fénelon, T. XIII, Droz, Genève, 1990, p. 108, note 2 – retour au texte

Sheridan Géraldine F. Sheridan, The Life and Works of Nicolas Lenglet-Dufresnoy 1674-1755, thèse pour l’obtention d’un doctorat, Université de Warwick, 1980.  – retour au texte

Hymans Louis Hymans, Bruxelles à travers les âges, Bruylant-Christophe & Cie, Bruxelles, 1882, p.324-325.  – retour au texte.

Nobiliaire Suite du supplément au Nobiliaire des Pays-Bas et du comté de Bourgogne par M. D. **** S. D. H. **, P.J. Hanicq, Malines 1779, p.238-9.  – retour au texte.

Bruxellesanecdotique Blog sur Bruxelles. – retour au texte. 

Mann Théodore Augustin Mann, Abrégé de l'histoire écclésiastique, civile et naturelle de le ville de Bruxelles et de ses environs, 2e partie, Lemaire, Bruxelles, 1785, p. 215.  – retour au texte.

Renglet Antoine Renglet, « Les comités de surveillance et l’occupation du Brabant, (1794-1795) » in Annales historiques de la Révolution française, p. 105-128.  – retour au texte.

Chateigner J. Chateignier, Almanach de Bruxelles ou Tableau de l'Organisation du Gouvernement et des Autorités constituées de l'Empire français, pour l'an XIII - 1805 […], G. Huyghe, Bruxelles, 1805, p. 412.  – retour au texte.

ARSLBB Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique Commission Royale d'Histoire, Compte rendu des séances de la Commission Royale d'Histoire ou recueil de ses bulletins, Tome XII, Hayez, Bruxelles, 1947 II Bulletin, séance du 9 novembre 1846, p. 146, 147, 226.  – retour au texte.

Pasinomie A. Delebecque, Pasinomie. Collection complète des lois, décrets, ordonnances, arrêtés et règlements généraux qui peuvent être invoqués en Belgique, 2e série 1814-1830, Bruxelles, Sté typographique belge, 1837, p. 41.  – retour au texte.

Gautier J. Gautier (avocat), Le conducteur dans Bruxelles et ses environs: contenant 1° l'histoire de cette ville depuis son origine jusqu'au règne de Guillaume Ier; 2° le guide dans cette capitale; 3° les renseignements les plus utiles aux étrangers, Bruxelles, Berthot / De Mat, 1824, p. 354 et 380.  – retour au texte.

Henne-Wauters Alexandre Henne et Alphonse Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, Vol. 3, Librairie Encyclopédique de Perichon, Bruxelles, 1845, p. 472.  – retour au texte.

Duplessy Joseph Duplessy, Le guide indispensable du voyageur sur les chemins de fer de la Belgique, Bruxelles, Eugène Landoy, 1840 , p. 59.  – retour au texte.

Almanach1841 Almanach de poche de Bruxelles, pour l’année 1841, contenant les indications les plus utiles aux étrangers et aux habitans, 24e année, Rampelbergh, Bruxelles, 1841, p. 236 à 241.  – retour au texte.

Chambre Bulletin n° B27,  Question et réponse écrite n° 0079, Législature : 49, p. 3145, 25 mars 1996.  – retour au texte.

Vuille Nicolas Vuille, « Un tout nouveau centre de tri ouvert fin 1997 à la petite ile. La poste de Bruxelles X déménage à Anderlecht », dans Le Soir, quotidien belge, Bruxelles, 8 février 1996.  – retour au texte.

 

 

Cor de poste

Nicole Hanot
Mise en ligne 8 septembre 2017

  cor et drapelet

 

Cor de poste, drapelet de postillon et applique pour boite aux lettres belge

 

Entre 476 et 486, l’Empire romain d’Occident disparait ; les villes se referment sur elles-mêmes, les paysans se confient aux grands propriétaires terriens capables de fortifier leur domaine mais incapables de gérer de vastes territoires ; l’entretien des routes cesse… ; la poste d’état et ses relais disparaissent. 

Le besoin de communiquer ne cessant pas pour autant, les principales catégories de la population s'organisent pour la transmission de leurs messages.

On assiste donc à la co-existence d’institutions postales privées (les rois n’étant, au départ, que des seigneurs parmi les autres) : 

La poste aux moines assure la communication entre les couvents, entre les maisons-mères et les communautés éparses ; des frères lais spécialisés parcourent l’Europe d’un monastère à l’autre, portant un rouleau de parchemin : ce sont les « porte-rouleaux ».

Les messagers des seigneurs exercent le rôle de simples porteurs de messages mais assurent parfois aussi une fonction d’ambassadeurs. Certains d'entre eux sont des hérauts, recrutés au départ parmi les serviteurs d'origine modeste puis parmi les ménestrels. 

Les messagers à pié ou « messagers de céans », assermentés, permettent le transport du courrier du gouvernement et des corps constitués, abattant parfois une cinquantaine de kilomètres par jour.

Les chevaucheurs de l'écurie du roi sont les courriers personnels du monarque pour les longues distances et ne transportent que sa seule correspondance. 

Les messagers des villes apparaissent à la faveur de l’émancipation des cités.  Initialement recrutés pour les besoins de la municipalité,  ils payent à la ville une patente proportionnelle à l’importance de leur service.  Ils sont progressivement autorisés à accepter les missives des particuliers (XIVe et XVe siècle) et fixent à leur maison une boite pour le dépôt des lettres, indiquant le lieu où ils se rendent. Dès 1235, Anvers est reliée aux villes du nord-ouest européens par des courses de messagers communaux.

La poste des universités nait du besoin d’assurer la communication entre les étudiants, venus de toute l’Europe, et leurs familles. On distinguait les grands messagers, sortes de parrains qui subvenaient aux besoins des étudiants, des petits messagers qui se déplaçaient et apportaient des nouvelles aux familles. Ces petits messagers furent autorisés à se charger de la correspondance des particuliers « étant du droit commun des gens de se servir de l’occasion du voyage d’un homme pour écrire à ses amis et envoyer ce que l’on veut à ses correspondants, s’il veut s’en charger. »
Les petits messagers étaient exemptés de la taille, de la dime, des aides et de la gabelle.  Ils dominèrent le commerce des lettres jusqu'à l'apparition des messageries d’État au début du XVIIe siècle.
Les messagers portaient une sorte d’insigne, le « Jeton des universités », qui leur assurait une certaine légitimité auprès des usagers de ces messageries et une certaine sécurité contre les brigands, ceux-ci étant sévèrement punis en cas d’attaque d’un courrier.

La poste des bouviers (ou poste des bouchers, Metzgerpost) des pays germaniques nait parce que ces marchands sont amenés à de fréquents voyages pour acheter et conduire le bétail. Les gens leur confient leurs colis et courriers pour qu'ils les redistribuent ensuite dans les villages qu'ils traversent. Comme les bouchers de Liège d'ailleurs, ils vont instaurer un service postal assumé à tour de rôle par chaque membre de la corporation. – ce qui n'est en rien anecdotique : 

« Toutefois, on ne doit regarder la poste des bouviers comme établissement officiel qu'à partir du jour où cette corporation fut organisée sur des bases définitives. Dès cette époque, elle obtient partout une place importante dans l'histoire des villes et rendit de réels services aux municipalités. Celui qui, à Essling, voulait ouvrir un étal de boucher devait avoir d'abord un cheval, s'engager dans la compagnie de cavalerie de la ville et faire le service de la poste à tour de rôle... La poste aux bouviers a duré jusqu'au XVIIe siècle, époque à laquelle Jacob Hénot entreprit de réunir, sous Rodolphe II, toutes les postes de l'empire sous un même règlement... » selon P. Zaccone, cité dans le Larousse du XIXe siècle.Autre datation 

Pour annoncer leur arrivée dans une ville et rassembler les habitants sur la grand place, les bouviers/bouchers se servent d'un petit cor, ou cornet – prolongeant ainsi une tradition ancestrale :  

Le cor, probablement issu d'une corne de bouc ou de bélier, semble en effet être l’un des plus anciens instruments utilisés pour donner l’alarme ou provoquer un rassemblement avant d’annoncer une nouvelle.  On en trouve mention dans la Bible à plusieurs reprises, notamment dans Jérémie 4,5/6 :

« Annoncez-le en Juda
et dans Jérusalem proclamez-le !
Sonnez du cor dans le pays
Criez à plein voix et dites :
Rassemblez vous et entrons
Dans les villes fortes.
Levez un signal du côté de Sion
Cherchez un abri, ne vous arrêtez pas ! »

 

Usage

Fabriqué initialement à partir d'une corne de mammifère (bélier ou grand koudou qui donnent le shofar hébreux, vache ou chèvre qui donnent aussi l'erkencho sud-américain ou d'une défense d'éléphant (qui compose l'olifant), le cor est un instrument à vent qui fut également façonné en céramique, en bois, en cuivre, en laiton, en bronze.

De simple corne (ou trompe) d'alerte et d'appel utilisée aussi dans la vie quotidienne pour lancer le repas médiéval et marquer ses différents services, il est devenu un véritable outil de communication…

pour les chasseurs :

La chasse en groupe implique de communiquer entre chasseurs et avec les chiens, et d'abord par la voix.  Mais la portée de celle-ci est fort limitée en regard de celle de l'instrument.

«Si celle-ci [la meute] s’est fourvoyée sur une piste, aussitôt la corne retentit pour en regrouper les éléments les plus turbulents et, par deux longues notes, les relancer aux trousses du gibier dont on vient de découvrir la voie. Par la suite, trois longues sonneries avertiront les poursuivants que la piste est bonne, alors que deux seules reconnaîtront que le gibier a réussi à semer les chiens hors des limites du territoire de chasse. La prise ou la mort de la bête se sonne par une longue note suivie de plusieurs brèves et, le soir, lorsque s’annonce le crépuscule, les hommes et chiens fatigués sont rassemblés par les trois longues notes de la retraite »

Gaston Fébus, Le Livre de chasse, entre 1387 et 1389.

 Gaston Pho

Miniature du Livre de chasse – crédit d'image DTabCam

«De fait, « sonner » de la trompe ou du cor constitue un véritable langage, « rendre un son » signifiant parler et les différentes cornues étant appelées « mot » par les veneurs. »

Bénédicte Pradié-Ottinger, L'art et la chasse. Histoire culturelle et artistique de la chasse,
La Renaissance du livre, Tournai, 2002.

pour les postillons : 

Omedeo Tasso, né et décédé au château-fort de Cornello dei Tasso – un village situé au nord de Bergame – a créé dès 1251 un service postal dans sa région ; quarante ans plus tard, sa Compagnia dei Corrieri dispose de sa propre banque et relie si efficacement les villes de Bergame, Milan, Venise et Rome que les courriers sont appelés bergamaschi en Italie.

Les descendants d'Omedeo développent son réseau postal initial et se rendent indispensables pour la transmission du courrier papal et de celui des empereurs germaniques.

Son arrière-arrière-arrière-petit-fils, Ruggero de Tassis, crée par exemple, avec succès, un système de poste entre Bergame et Vienne et d'Innsbruck vers l'Italie et la Styrie (dans le sud de l'actuelle Autriche). En 1452, il est nommé grand veneur par Frédéric III du Saint-Empire ; ce titre honorifique en fait le chef unique des officiers de vénerie qui pratiquent évidemment la chasse « à cor et à cri ».  Il connait donc l'utilité et la pratique du cor.
Est-ce lui qui impose l'instrument à ses courriers ?
Je ne le sais pas encore…

Toujours est-il qu'à partir de sa génération, le cor postal entre dans les armes de la famille de Tassis qui crée avec Janetto et Francisco la première poste européenne basée à Malines puis Bruxelles. Et qu'utilisé par ses courriers et postillons partout en Europe, il devient l'emblème même de la poste.

 

Postillon Tour et Tassis en


Interrogé par Paul Willot, Monsieur Géry Dumoulin du Musée des Instruments de Musique (MIM) de Bruxelles affirme :

«Ce qui différencie les cors de poste des cors de chasse est essentiellement la taille. On peut en trouver des droits (plutôt fréquents en Grande-Bretagne) ou de forme arrondie, le tube étant généralement enroulé plusieurs fois sur lui-même. Ils sont accordés dans différentes tonalités, les plus fréquentes étant ut, sib et fa. Les cors de chasse – ou trompes de chasse – ont le plus souvent une forme arrondie beaucoup plus grande ; leur tonalité la plus courante est ré. Suivant les modèles, le tube est enroulé d’une fois et demie à trois fois et demie sur lui-même.
Certains font une différence entre cor et trompe de chasse, réservant ce dernier terme aux seuls instruments de vénerie et le terme de cor de chasse aux instruments des musiques militaires ou aux « cliques ». Il existe une assez grande confusion terminologique dans le domaine des cors et certaines dénominations sont interchangeables. Mais dans tous les cas, il s’agit de cors naturels (sans mécanismes), dont il existe une grande variété de types. Le pavillon d’un cor de chasse est souvent plus évasé et large que celui d’un cor de poste (on dit aussi cor postal, cor ou cornet de postillon, etc.). » 

Avec le cor postal, le messager ou le postillon annonce son départ comme son arrivée aux étapes ; il prévient le relai de poste du type d'équipage qui s'amène et du nombre de chevaux frais dont il a besoin ; il demande l'ouverture des portes de villes pour y entrer une fois la nuit tombée.

 Commons Postreiter 1728

Postillons arrivant à la ville, 1728 – crédit d'image : Gudrun Meyer

 

Avec le temps, l'instrument et l'instrumentiste se sont améliorés.  Ils arrivent à produire des mélodies avec différents signaux que l'on combine en fonction du message :

  • Numéro de la diligence
  • Nombre de chevaux
  • Départ d’une diligence
  • Arrivée d’une diligence de service
  • Arrivée d’une diligence spéciale
  • Arrivée d’une poste de personnes
  • Signal d’alarme

 291px Posthorn Noten

Crédit d'image Kandschwar

 

Au langage du cor s'ajoute insidieusement le code du fouet : un triple claquement en arrivant au relais indique que de généreux pourboires seront donnés et qu’il convient de relayer rapidement les chevaux ; un coup de fouet moins cinglant indique qu’il n’y a rien que de normal, tandis que le coup discret mentionne la pingrerie du voyageur… 

 Postilion

"Rowlandson", 1793 – crédit d'image Grover cleveland

 

Iconographie

Devenu l'emblème postal de nombreux pays et inclus dans les blasons de famille de maitres de postes – comme les Willot –, le cor postal devient un caractère d'écriture au XXe siècle s'écrivant 📯 en code html et étant identifié U+1F4EF en Unicode :

unicode postal horn

Il est représenté par un émoji par Apple, Google, Mozilla, Microsoft, Samsung, lg, et Twitter mais… Facebook ne le connait pas.

Emoji 

Évolution de l'emblème postal en Belgique

Étant donné l'importance de la poste des Tassis dans nos provinces, il était logique que la Belgique se base sur le cor postal pour créer son propre emblème postal présent sur les enseignes de façade, sur les uniformes et leurs accessoires, sur les moyens de transport, sur les sacs postaux, etc. :

Vieille enseigne

Enseigne belge, XIXe siècle 


Au XXe siècle, le lion héraldique belge s'inscrit au centre du cor que surmonte la couronne symbole du royaume et se retrouve en applique sur les boites aux lettres rouges  de la Poste comme sur le col et les parement des uniformes :

logo avant 1960

En 1960, le design – modernisé – conserve cor, couronne et lion :

logo blanc mi 1960

Nouvelle modification en 1992 : le lion disparait, le cor et la couronne subsistent mais comme une simple évocation ; fini le figuratif !

logo 1992


Depuis 2010, la poste belge ne s'appelle plus « La Poste » mais « bpost ».  

Malgré ce qu'en dit le PDG de l'entreprise :

« Johnny Thijs insiste sur le fait que ce renouvellement du nom et du logo ne constitue pas une rupture avec la riche histoire de l’entreprise, mais s'inscrit dans le prolongement de la profonde évolution qu’elle a connue ces dernières années. C’est pour cette raison qu’il a été choisi de maintenir dans le logo des éléments connus de tous tels la couleur rouge et le cor postal, mais sous une forme modernisée et rajeunie. La nouvelle identité visuelle et graphique reflète la culture moderne qui a pris forme au sein de l’entreprise.» – Communiqué de presse de La Poste, 17 juin 2010.

nous défions qui que ce soit d'y reconnaitre... un cor postal.

logo bpost 2010


Ce nouveau logo fut installé sur plus de 1.000 batiments, quelque 6.000 véhicules opérationnels, sur les boites aux lettres et les uniformes, progressivement à partir de septembre 2010 et même des instituteurs ne savent pas ce qu'il représente en 2016…

L'effacement de la mémoire postale est totale en Belgique alors que d'autres pays, comme la Suisse, pérennisent le souvenir de leur histoire jusque dans les articles de mode :

vetements 03309119

Crédit d'image : Carpostal

CarPostal, la plus importante entreprise de transport par car des transports publics suisses, s’est associée fin 2016 à la marque suisse Warson Motor pour lancer la première collection commune de vêtements vintage.

 

Un rare instrument de musique

Le cor postal n'a quasiment pas été utilisé comme instrument de musique.  
On note que Johann Beer lui offre un solo dans un concerto, que Mozart lui consacre la sérénade K320 Posthorn et que Mahler l'utilise, hors scène – fort heureusement car la rareté actuelle de l'instrument fait qu'on le remplace par une trompette ou un bugle –, dans le 5e mouvement de sa Symphonie no 3 en ré mineur, et qu'il existe un solo avec accompagnement d'orchestre de Hermann Koeing devenu un morceau choisi pour fanfares. 

D'autres compositeurs ont imité le son du cor postal pour évoquer généralement le départ d'un messager ou d'un être aimé : Bach dans Aria di postiglione et Fuga all'imitazione della cornetta di postiglione, Handel dans son Belshazzar, Telemann dans la troisième «Production» du Tafelmusik, Beethoven dans sa sonate de piano Les adieux et Schubert avec la chanson "Die Post" du Winterreise.

Das Posthorn

Détail d'un dépliant de 1648 - crédit d'image Gudrun Meyer


Une gourmandise

La forme courbée des gousses jaune claire d'une variété ancienne de haricot à rames l'a fait surnommer « Beurre Cor Postal » dans le canton de Berne où il est fort apprécié.

  



Notes

Autre datation Les Notices historiques sur la poste aux lettres de l'ancien musée postal de Bruxelles citent la date de 1597 pour la publication, aux Pays-Bas et au pays de Liége, de l'édit de Rodolphe II portant la suppression de la poste des bouchers et de ses relais – avec confiscation des chevaux. – retour au texte.

Corner « Corner l'eau » : le cor appelle à se laver les mains avant le repas dont chaque service peut être annoncé par un nouvel appel : on « corne l'assiette ».  – retour au texte.

 

Le cor de poste et la famille Willot

Paul Willot
Mise en ligne 14 aout 2017

  Willot stele detail

Détail de la stèle funéraire du maitre de poste François Alexandre Williot

En avril 2017, M. Paul Willot nous contacte pour obtenir de la documentation sur les malles-poste belges entre 1650 et 1800. Des raisons de santé ne nous permettant pas de l'aider, nous lui conseillons d'écrire au dernier conservateur du musée de la Poste de Bruxelles, Michel Mary, et au postier de Wervick qui a fait des recherches sur les messagers de sa région, Luc Decorte.

Voici l'article que Monsieur Willot rédige et nous autorise à publier :


Cor de poste ou cor de postillon

par Paul Willot

Le postillon annonçait 1 le passage de la malle-poste à grands renforts de coups de cor de poste 2 pour assurer son passage prioritaire, pour annoncer au relais de poste l'arrivée ou le départ du courrier ou encore pour lancer un signal d'alarme.

La famille princière Tour et Taxis spécialisée dans l'organisation des courriers (diplomatiques et autres) avait adopté ce symbole qui, par la suite, a été repris par les postes de nombreux pays.

Les Will(i)ot, nos ancêtres directs 3, maitres de poste à Quiévrain et à Casteau (Hainaut) sur le trajet de Paris à Bruxelles de ca 1650 à ca 1800, avaient adopté ce symbole. Il figurait leur profession 4 mais rappelait également l'initiale de leur nom de famille. On retrouve ce symbole sur différents bâtiments qui leur appartenaient.

 stele Francois Alexandre Williot 

Stèle funéraire d'Alexandre Williot
et de son épouse dans le chœur de l'église de Casteau.


En 1738, la malle-poste de Bruxelles partait de la rue Saint-Denis à Paris à hauteur du couvent des Filles-Dieu, tous les mercredis et samedis (matin) et arrivait à Bruxelles en été le lundi et le vendredi, et en hiver le mardi et le samedi 5. Les sieurs Façio et Corroyers, associés, situés « au Chariot d'Or » rue Darnetal 6 à Paris assuraient, entre autres destinations, les relations entre Paris et Bruxelles . C'est à cette entreprise qu'il fallait s'adresser.
Ce trajet représentait environ 350 km. Les malles-poste faisaient donc, selon les saisons, de 50 à 60 km par jour.

Arrivant de Péronne, Cambray et Valenciennes (voir carte), la malle-poste sortait du territoire actuel de la France à Quieurin (Quiévrain), faisait halte à Gargno (Quaregnon), probablement contournait Mons par le sud, faisait halte à Chau (Casteau), à Braine-le-Comte 8, Tubize et Bruxelles.

valencienne Bruxelles en 1632

Carte géographique des Postes qui traverses la France
[établie par Nicolas Sanson], Paris, Imp. M. Tavernier, 1632
Cote 10-1-18 Bibliothèque nationale

Les chevaux et l'équipage se relayaient de postes en postes. Le postillon qui dirigeait l’attelage à grande vitesse et en totale priorité revenait ensuite paisiblement 9 à son poste de départ avec ses montures. La distance qui séparait deux postes était d'environ deux lieues soit environ 9 km 10. Cette distance entre deux postes s'appelait « une poste » 11.

Le maitre de poste était lié par contrat avec l'autorité et devait assurer promptement le relais de poste c'est à dire principalement le renouvellement des attelages.

Le relais de poste constituait un petit pôle économique. Il assurait l'entretien des chevaux et des attelages. Cela supposait des terrains de culture 12 pour nourrir les bêtes, des lieux d'hébergement et de restauration, des artisans réparateurs (charrons, bourreliers, maréchaux-ferrants, etc.) et du personnel d'entretien des bêtes et des installations, etc.

Le maitre de poste était un personnage important et influent.

Selon une tradition familiale 13,

« lors du passage de Napoléon aux relais de Quiévrain-Casteau fait en un temps record, l'Empereur envoya au maître des postes en témoignage de reconnaissance une paire de chandeliers en argent. Ces chandeliers échurent par héritage à l'ainée de la succession de Joseph Williot, maître des postes à Quiévrain. Madame Veuve Dujardin-de Witte, de la Sucrerie de Seclin-lez-Lille les détient par héritage actuellement ».

Les mêmes auteurs mentionnent également que le relais de Quiévrain fut aussi le théâtre en 1816 de l'évasion célèbre de Lavalette 14, un proche de Bonaparte : « Après avoir quitté Valenciennes, la berline dans laquelle a pris place le fugitif revêtu d'un uniforme de général anglais, s'engage sur la route de la Belgique. Elle approche de la frontière. Encore une lieue et demi. Par la lucarne, Lavalette regarde s'il n'est point poursuivi. À chaque tour de roue son impatience augmente. Son généreux compagnon, Wilson 15, se sent gagné par une sorte d'effroi. Le jour est levé depuis deux heures ; les dépêches peuvent être transmises. Enfin le postillon montre à l'horizon une grande bâtisse. C'est la Belgique. C'est Quiévrain !

Un dernier arrêt au poste de gendarmerie : « Général anglais 16 » répète Wilson encore une fois. Et ils passent.

La frontière franchie : « Vous voilà sauvé ! » dit Wilson. Lavalette lui serre les mains, essaie d'exprimer toute sa gratitude. Pendant quelques minutes on n'entend plus que le trot des chevaux, le claquement du fouet, le grincement des roues sur les chemins de Belgique…

À ce moment même, la dépêche suivante arrivait à Valenciennes :
« Surveillez et arrêtez la personne dont le signalement peut ressembler à celui de Lavalette et qui voyage avec le général anglais Wilson. Elle porte l'uniforme de « général anglais » et a un passeport de l'ambassade d'Angleterre ».
Cette dépêche signée Decazes 17 et arrêtée la veille par la chute du jour à quelques lieues de Valenciennes n'avait pu être transmise plus tôt à cause du brouillard 18.
Le 9 janvier 1816, l'ancien Mamelouk de Buonaparte était exécuté en effigie en place de Grève » 19.

*
* *

En 1845, soit 15 ans après l'indépendance de la Belgique, c'était toujours un Willot 20 qui était maitre de poste à Quiévrain.

 


 

NOTES

1 : Voir sur le site de la Poste suisse les différents usages et sonneries (sic) du cor de poste. – retour au texte

2 : Selon l'aimable communication de Monsieur Géry Dumoulin du Musée des Instruments de Musique (MIM) de Bruxelles :

« Ce qui différencie les cors de poste des cors de chasse est essentiellement la taille. On peut en trouver des droits (plutôt fréquents en Grande-Bretagne) ou de forme arrondie, le tube étant généralement enroulé plusieurs fois sur lui-même. Ils sont accordés dans différentes tonalités, les plus fréquentes étant ut, sib et fa. Les cors de chasse – ou trompes de chasse – ont le plus souvent une forme arrondie beaucoup plus grande ; leur tonalité la plus courante est ré. Suivant les modèles, le tube est enroulé d’une fois et demie à trois fois et demie sur lui-même.
Certains font une différence entre cor et trompe de chasse, réservant ce dernier terme aux seuls instruments de vénerie et le terme de cor de chasse aux instruments des musiques militaires ou aux « cliques ». Il existe une assez grande confusion terminologique dans le domaine des cors et certaines dénominations sont interchangeables. Mais dans tous les cas, il s’agit de cors naturels (sans mécanismes), dont il existe une grande variété de types. Le pavillon d’un cor de chasse est souvent plus évasé et large que celui d’un cor de poste (on dit aussi cor postal, cor ou cornet de postillon, etc.). » retour au texte

3 L'auteur est le petit-fils de Louis Archange Willot et d'Alice Laurent du hameau de Puhain, commune de Rebecq. Mes parents et grands parents ignoraient certainement que leurs ancêtres étaient maîtres de postes à Quiévrain et à Casteau. retour au texte

4 Il s'agit sans doute plutôt d'un symbole professionnel que d'un blason familial. retour au texte

5 Almanach royal année MDCCXXXVIII. Paris, Imprimerie de la Veuve d'Houry, rue de la Harpe, au Saint-Esprit, p. 382retour au texte

6 Cette rue semble ne plus exister actuellement. retour au texte 

7 Almanach royal année MDCCXXXVIII. Paris, Imprimerie de la Veuve d'Houry, rue de la Harpe, au Saint-Esprit, p. 395retour au texte

8  Le relais était situé au carrefour de la Genette sur le territoire de la commune de Rebecq. Le Nouveau Régime le ramena à Braine-le-Comte. Voir s.a. La Poste sous le régime français. in Le Rewisbique, revue du Cercle d'Histoire et de Généalogie de Rebecq. bulletin n° 19, 2005, p. 2-17.retour au texte

9  C'était une obligation réglementaire. retour au texte

10  Cela signifie concrètement que les attelages étaient renouvelés tous les 9 km. retour au texte

11  Nouveau Larousse Illustré en 7 volumes (1910 ?) et Petit Larousse Illustré (1994).retour au texte

12  En 1722, Jean Charles Williot maitre des postes de Quiévrain, signe un bail à ferme avec l'abbaye Saint Eloi de Noyon pour disposer des terres de culture dont il a besoin. En 1756, Alexandre Willot, maitre des postes à Casteau loue des terres à un particulier.retour au texte

13  Tradition familiale rapportée en 1966 par Anne et Paul Meurice et Jean-Michel Pardon. Généalogie de la famille Willot, 1966, p. 21.retour au texte

14  Antoine-Marie Chamans, comte de Lavalette. Né et mort à Paris (1769-1830). Il était en 1789 bibliothécaire à Sainte-Geneviève. Il s'éprit des idées nouvelles mais en repoussant les excès révolutionnaires. Il défendit la royauté au 10-Août, puis s'engagea dans l'armée des Alpes. Il devint aide de camp de Bonaparte, qu'il suivit en Italie et en Égypte. Au lendemain du 18 Brumaire, il fut envoyé en Saxe comme ministre plénipotentiaire. Directeur des Postes, conseiller d’État, il fut révoqué en 1814, mais reprit ses fonctions aux Cent-jours. Aussi fut-il arrêté au second retour des Bourbons et condamné à mort. Grâce au dévouement de sa femme, il s'évada et se réfugia en Bavière où il resta cinq ans. Une ordonnance royale annula sa condamnation et permit son retour en France. Il laissa des Mémoires (extrait du Nouveau Larousse Illustré ca 1910).retour au texte

 Lavalette Pere Lachaise

L'Évasion de Lavalette (vers 1834), bas-relief anonyme ornant sa tombe. Paris, cimetière du Père-Lachaise

15  Sir Robert Thomas Wilson (1777-1849), général anglais. Il se rendit à Paris après l'abdication de Napoléon et prit part à l'évasion du comte de Lavalette qu'il accompagna jusqu'à Mons. Arrêté à son retour à Paris, il fut condamné à trois mois de prison (extrait du Nouveau Larousse Illustré en 7 volumes ca 1910)  retour au texte

16  Nous sommes peu de temps après Waterloo (18 juin 1815).retour au texte

17  Élie Decazes (1780-1860), Homme d’État français. En juillet 1815, Préfet de police et en septembre ministre de la police générale. (extrait du Nouveau Larousse Illustré en 7 volumes ca 1910).retour au texte

18  Probablement, le mauvais temps a-t-il empêché le fonctionnement efficace du sémaphore.retour au texte

19  Cité par Anne et Paul Meurice et Jean-Michel Pardon, Généalogie de la famille Willot, 1966, p. 23. La version éditée par Hachette est légèrement différente : J. Lucas-Dubreton, L'évasion de Lavalette, Paris, Hachette, 1926, 12 x 19 cm, p. 109 à 112.retour au texte

20  (H.) Tarlier, Almanach officiel de Belgique. Année 1845. Bruxelles, Librairie Polytechnique, p. 445.retour au texte

 

 

Plombs de scellage des sacs à valeur

Stan Panis
Mise en ligne 26 janvier 2016

Antwerpen 6 Anvers 6
Recto et verso du même plomb bilingue : Antwerpen - Anvers - bureau n° 6. © Stan Panis

Tout début janvier 2017, M. Stan Panis nous contacte pour déterminer quel est l'objet qu'il a trouvé dans la région de Diest et qui représente notamment un cornet de poste.

Suite à nos réponses, il publie un court article sur les plombs de scellage de la Poste sur http://testavzw.be/verzegelloodjes-van-de-post-beveiligden-zakken-met-waardevolle-zendingen/

En voici la traduction :

Petits plombs-cachets de La Poste sécurisant les sacs d'envoi de valeur
par Stan Panis

Les petits plombs portant l'image d'un cornet, l'emblème de la Poste, ont été utilisés pour sceller les envois de valeur, tels que le courrier recommandé comportant des titres ou de l'argent.

La cordelette qui fermait le haut du sac à expédier passait dans les deux petits trous du plomb. Chaque bureau de poste avait ses propres pinces pour écraser le plomb en y laissant l'empreinte d'un sceau. Celui-ci comportait le nom de la ville où se trouvait le bureau de poste et le numéro de ce bureau. Ce qui permettait de retrouver aisément le bureau expéditeur d'origine.

Une grande ville disposant de plusieurs bureaux de poste, le chiffre « 1 » réprésentait le bureau de poste principal. Cependant un plomb de Hasselt ne porte aucun numéro et nul ne sait encore pourquoi. Des étoiles à cinq branches figurant parfois sur le plomb scellé avaient probablement une fonction décorative.

Merci à Nicole Hanot de www.postes-restantes.be

 

Notons que cette pratique a été utilisée durant des décennies même si les matières et le système lui-même ont évolué :

pince et plombs

Pince et trois plombs avec leurs trous mais à face plate, non encore utilisés.
Coll. du Musée Postes restantes

 

sac detail sceau couteau

autre systeme ressort

Systèmes du XXe siècle et couteau spécial pour couper la cordelette.
(Étiquettes factices pour indiquer comment les authentiques étaient placées)
Coll. du Musée Postes restantes

Les boites rouges de Bpost

Nicole Hanot
Mise en ligne 30 novembre 2016


 

Notre musée Postes restantes présente différents modèles des boites postales de la Poste belge et tente d'en retracer l'évolution.

boite rouge 1  boite rouge 2  boite rouge 3

boite rouge 4  boite rouge 5

Désireuse de donner une information récente quant au nombre de ces boites postales actuellement en service, j'ai contacté Bpost par téléphone et une charmante employée m'a indiqué, après quelques instants d'attente très raisonnables pour une administration, qu'il y a plus de quatre millions de boites « commerciales » et plus de cinq millions de « boites officielles ». Dans ma stupéfaction, je n'ai pas noté les chiffres exacts. Désolée !

Car 4+5= 9 millions... J'avais un problème. Il est inconcevable qu'un pays de quelques 11 250 585 habitants (au 1er janvier 2016) possède autant de boites postales de la poste !

J'ai donc d'abord demandé ce qu'étaient « boites commerciales » et « boites officielles » : les premières sont celles auxquelles Bpost peut adresser un courrier publicitaire, les secondes celles auxquelles les Autorités publiques peuvent adresser un courrier officiel.

Cela ne correspondait évidemment pas à ma demande que j'ai précisée : « Je cherche en fait le nombre de boites postales de Bpost dans lesquelles le citoyen peut glisser un courrier pour son expédition vers un destinataire. »

– Ah, vous voulez dire les boites rouges ?!

– Oui, les boites rouges de bpost ! Combien y en a-t-il en Belgique ?

La question dépassait les connaissances de la dame qui m'a conseillé d'écrire à son administration.

D'où les courriers restranscrits ci-dessous dans leur graphie d'origine (merci d'excuser les fautes de frappe dues sans doute à une certaine… précipitation) :

 

-----Oorspronkelijk bericht-----
Van: [mon adresse privée que je ne désire pas donner dans cet article - merci de votre compréhension]
Verzonden: 03/11/2016 13:59:30
Aan: <Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.>;
Onderwerp: Nombre de boites postale rouges en Belgique

Bonjour.

Désirant animer un atelier d'enfants dans une huitaine de jours, je cherche à connaitre le nombre de boites postales rouges (dans lesquelles le public peut déposer le courrier à expédier) existant actuellement en Belgique.

Merci déjà pour votre réponse,

N. Hanot

Le 04/11/2016 à 13:40, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. a écrit :

> Cher Client,
>
> Nous n’avons pas la liste complète mais le site internet permet de faire des recherche en fonction d’un code postal :
>
> http://www.bpost.be/site/fr/bo%C3%AEtes-aux-lettres-rouges
>
> Cordialement,
> Jessica Prins
> 02 201 11 11

Euh…

bpost lien web

Et voici le début de la liste des codes postaux, par ordre alphabétique, fournie en pdf :

 bpost codes postaux ordre a

Le 05/11/2016 à 20:43, n.hanot a [donc] répondu :

>> Bonjour Madame Prins,
>>
>> Merci pour votre rapide réponse... qui m'étonne fort.
>>
>> Excusez mon effarement mais bpost serait donc incapable de savoir combien de ses "boites rouges" sont installées en Belgique ?
>>
>> Puis-je vous suggérer de faire vous-même le compte par le lien que vous me conseillez ?
>>
>>     Vous - ou un/une stagiaire -
>>
>>     • cliquerez donc 2824 fois dans la case recherche - 2824 = le nombre de codes postaux donnés en pdf sur votre site -,
>>     • compterez et noterez pour chaque résultat le nombre de boites rouges existantes et
>>     • additionnerez ensuite les 2824 résultats obtenus pour avoir la réponse à cette question.
>>
>> De cette façon, vous rendez service à votre firme en lui permettant de connaitre enfin son infrastructure !
>> Et de répondre concrètement aux questions du public.
>>
>> Ceci dit, il serait amusant de connaitre la réponse du ministre en charge de la poste à ma question si elle lui était posée par un parlementaire - et le délai mis à répondre.
>> Je me demande si je ne vais pas contacter mon député régional...
>>
>> "Cordialement",
>> N. Hanot

Je n'ai jamais reçu de réponse à cette missive-là…