Cor de poste

Nicole Hanot
Mise en ligne 8 septembre 2017

  cor et drapelet
Cor de poste, drapelet de postillon et applique pour boite aux lettres belge

Entre 476 et 486, l’Empire romain d’Occident disparait ; les villes se referment sur elles-mêmes, les paysans se confient aux grands propriétaires terriens capables de fortifier leur domaine mais incapables de gérer de vastes territoires ; l’entretien des routes cesse… ; la poste d’état et ses relais disparaissent. 

Le besoin de communiquer ne cessant pas pour autant, les principales catégories de la population s'organisent pour la transmission de leurs messages.

On assiste donc à la co-existence d’institutions postales privées (les rois n’étant, au départ, que des seigneurs parmi les autres) : 

La poste aux moines assure la communication entre les couvents, entre les maisons-mères et les communautés éparses ; des frères lais spécialisés parcourent l’Europe d’un monastère à l’autre, portant un rouleau de parchemin : ce sont les « porte-rouleaux ».

Les messagers des seigneurs exercent le rôle de simples porteurs de messages mais assurent parfois aussi une fonction d’ambassadeurs. Certains d'entre eux sont des hérauts, recrutés au départ parmi les serviteurs d'origine modeste puis parmi les ménestrels. 

Les messagers à pié ou « messagers de céans », assermentés, permettent le transport du courrier du gouvernement et des corps constitués, abattant parfois une cinquantaine de kilomètres par jour.

Les chevaucheurs de l'écurie du roi sont les courriers personnels du monarque pour les longues distances et ne transportent que sa seule correspondance. 

Les messagers des villes apparaissent à la faveur de l’émancipation des cités.  Initialement recrutés pour les besoins de la municipalité,  ils payent à la ville une patente proportionnelle à l’importance de leur service.  Ils sont progressivement autorisés à accepter les missives des particuliers (XIVe et XVe siècle) et fixent à leur maison une boite pour le dépôt des lettres, indiquant le lieu où ils se rendent. Dès 1235, Anvers est reliée aux villes du nord-ouest européens par des courses de messagers communaux.

La poste des universités nait du besoin d’assurer la communication entre les étudiants, venus de toute l’Europe, et leurs familles. On distinguait les grands messagers, sortes de parrains qui subvenaient aux besoins des étudiants, des petits messagers qui se déplaçaient et apportaient des nouvelles aux familles. Ces petits messagers furent autorisés à se charger de la correspondance des particuliers « étant du droit commun des gens de se servir de l’occasion du voyage d’un homme pour écrire à ses amis et envoyer ce que l’on veut à ses correspondants, s’il veut s’en charger. »
Les petits messagers étaient exemptés de la taille, de la dime, des aides et de la gabelle.  Ils dominèrent le commerce des lettres jusqu'à l'apparition des messageries d’État au début du XVIIe siècle.
Les messagers portaient une sorte d’insigne, le « Jeton des universités », qui leur assurait une certaine légitimité auprès des usagers de ces messageries et une certaine sécurité contre les brigands, ceux-ci étant sévèrement punis en cas d’attaque d’un courrier.

La poste des bouviers (ou poste des bouchers, Metzgerpost) des pays germaniques nait parce que ces marchands sont amenés à de fréquents voyages pour acheter et conduire le bétail. Les gens leur confient leurs colis et courriers pour qu'ils les redistribuent ensuite dans les villages qu'ils traversent. Comme les bouchers de Liège d'ailleurs, ils vont instaurer un service postal assumé à tour de rôle par chaque membre de la corporation. – ce qui n'est en rien anecdotique : 

« Toutefois, on ne doit regarder la poste des bouviers comme établissement officiel qu'à partir du jour où cette corporation fut organisée sur des bases définitives. Dès cette époque, elle obtient partout une place importante dans l'histoire des villes et rendit de réels services aux municipalités. Celui qui, à Essling, voulait ouvrir un étal de boucher devait avoir d'abord un cheval, s'engager dans la compagnie de cavalerie de la ville et faire le service de la poste à tour de rôle... La poste aux bouviers a duré jusqu'au XVIIe siècle, époque à laquelle Jacob Hénot entreprit de réunir, sous Rodolphe II, toutes les postes de l'empire sous un même règlement... » selon P. Zaccone, cité dans le Larousse du XIXe siècle.Autre datation 

Pour annoncer leur arrivée dans une ville et rassembler les habitants sur la grand place, les bouviers/bouchers se servent d'un petit cor, ou cornet – prolongeant ainsi une tradition ancestrale :  

Le cor, probablement issu d'une corne de bouc ou de bélier, semble en effet être l’un des plus anciens instruments utilisés pour donner l’alarme ou provoquer un rassemblement avant d’annoncer une nouvelle.  On en trouve mention dans la Bible à plusieurs reprises, notamment dans Jérémie 4,5/6 :

« Annoncez-le en Juda
et dans Jérusalem proclamez-le !
Sonnez du cor dans le pays
Criez à plein voix et dites :
Rassemblez vous et entrons
Dans les villes fortes.
Levez un signal du côté de Sion
Cherchez un abri, ne vous arrêtez pas ! »

 

Usage

Fabriqué initialement à partir d'une corne de mammifère (bélier ou grand koudou qui donnent le shofar hébreux, vache ou chèvre qui donnent aussi l'erkencho sud-américain ou d'une défense d'éléphant (qui compose l'olifant), le cor est un instrument à vent qui fut également façonné en céramique, en bois, en cuivre, en laiton, en bronze.

De simple corne (ou trompe) d'alerte et d'appel utilisée aussi dans la vie quotidienne pour lancer le repas médiéval et marquer ses différents services, il est devenu un véritable outil de communication…

pour les chasseurs :

La chasse en groupe implique de communiquer entre chasseurs et avec les chiens, et d'abord par la voix.  Mais la portée de celle-ci est fort limitée en regard de celle de l'instrument.

«Si celle-ci [la meute] s’est fourvoyée sur une piste, aussitôt la corne retentit pour en regrouper les éléments les plus turbulents et, par deux longues notes, les relancer aux trousses du gibier dont on vient de découvrir la voie. Par la suite, trois longues sonneries avertiront les poursuivants que la piste est bonne, alors que deux seules reconnaîtront que le gibier a réussi à semer les chiens hors des limites du territoire de chasse. La prise ou la mort de la bête se sonne par une longue note suivie de plusieurs brèves et, le soir, lorsque s’annonce le crépuscule, les hommes et chiens fatigués sont rassemblés par les trois longues notes de la retraite »

Gaston Fébus, Le Livre de chasse, entre 1387 et 1389.

 Gaston Pho

Miniature du Livre de chasse – crédit d'image DTabCam

«De fait, « sonner » de la trompe ou du cor constitue un véritable langage, « rendre un son » signifiant parler et les différentes cornues étant appelées « mot » par les veneurs. »

Bénédicte Pradié-Ottinger, L'art et la chasse. Histoire culturelle et artistique de la chasse,
La Renaissance du livre, Tournai, 2002.

pour les postillons : 

Omedeo Tasso, né et décédé au château-fort de Cornello dei Tasso – un village situé au nord de Bergame – a créé dès 1251 un service postal dans sa région ; quarante ans plus tard, sa Compagnia dei Corrieri dispose de sa propre banque et relie si efficacement Bergame, Milan, Venise et Rome que les courriers sont appelés bergamaschi en Italie. 

Les descendants d'Omedeo développent son réseau postal initial et se rendent indispensables pour la transmission du courrier papal et de celui des empereurs germaniques.

Son arrière-arrière-arrière-petit-fils, Ruggero de Tassis, crée par exemple, avec succès, un système de poste entre Bergame et Vienne et d'Innsbruck vers l'Italie et la Styrie (dans le sud de l'actuelle Autriche). En 1452, il est nommé grand veneur par Frédéric III du Saint-Empire ; ce titre honorifique en fait le chef unique des officiers de vénerie qui pratiquent évidemment la chasse « à cor et à cri ».  Il connait donc l'utilité et la pratique du cor.
Est-ce lui qui impose l'instrument à ses courriers ?
Je ne le sais pas encore…

Toujours est-il qu'à partir de sa génération, le cor postal entre dans les armes de la famille de Tassis qui crée avec Janetto et Francisco la première poste européenne basée à Malines puis Bruxelles. Et qu'utilisé par ses courriers et postillons partout en Europe, il devient l'emblème même de la poste.

 

Postillon Tour et Tassis en


Interrogé par Paul Willot, Monsieur Géry Dumoulin du Musée des Instruments de Musique (MIM) de Bruxelles affirme :

«Ce qui différencie les cors de poste des cors de chasse est essentiellement la taille. On peut en trouver des droits (plutôt fréquents en Grande-Bretagne) ou de forme arrondie, le tube étant généralement enroulé plusieurs fois sur lui-même. Ils sont accordés dans différentes tonalités, les plus fréquentes étant ut, sib et fa. Les cors de chasse – ou trompes de chasse – ont le plus souvent une forme arrondie beaucoup plus grande ; leur tonalité la plus courante est ré. Suivant les modèles, le tube est enroulé d’une fois et demie à trois fois et demie sur lui-même.
Certains font une différence entre cor et trompe de chasse, réservant ce dernier terme aux seuls instruments de vénerie et le terme de cor de chasse aux instruments des musiques militaires ou aux « cliques ». Il existe une assez grande confusion terminologique dans le domaine des cors et certaines dénominations sont interchangeables. Mais dans tous les cas, il s’agit de cors naturels (sans mécanismes), dont il existe une grande variété de types. Le pavillon d’un cor de chasse est souvent plus évasé et large que celui d’un cor de poste (on dit aussi cor postal, cor ou cornet de postillon, etc.). » 

Avec le cor postal, le messager ou le postillon annonce son départ comme son arrivée aux étapes ; il prévient le relai de poste du type d'équipage qui s'amène et du nombre de chevaux frais dont il a besoin ; il demande l'ouverture des portes de villes pour y entrer une fois la nuit tombée.

 Commons Postreiter 1728

Postillons arrivant à la ville, 1728 – crédit d'image : Gudrun Meyer

 

Avec le temps, l'instrument et l'instrumentiste se sont améliorés.  Ils arrivent à produire des mélodies avec différents signaux que l'on combine en fonction du message :

  • Numéro de la diligence
  • Nombre de chevaux
  • Départ d’une diligence
  • Arrivée d’une diligence de service
  • Arrivée d’une diligence spéciale
  • Arrivée d’une poste de personnes
  • Signal d’alarme

 291px Posthorn Noten

Crédit d'image Kandschwar

 

Au langage du cor s'ajoute insidieusement le code du fouet : un triple claquement en arrivant au relais indique que de généreux pourboires seront donnés et qu’il convient de relayer rapidement les chevaux ; un coup de fouet moins cinglant indique qu’il n’y a rien que de normal, tandis que le coup discret mentionne la pingrerie du voyageur… 

 Postilion

"Rowlandson", 1793 – crédit d'image Grover cleveland

 

Iconographie

Devenu l'emblème postal de nombreux pays et inclus dans les blasons de famille de maitres de postes – comme les Willot –, le cor postal devient un caractère d'écriture au XXe siècle s'écrivant 📯 en code html et étant identifié U+1F4EF en Unicode :

unicode postal horn

Il est représenté par un émoji par Apple, Google, Mozilla, Microsoft, Samsung, lg, et Twitter mais… Facebook ne le connait pas.

Emoji 

Évolution de l'emblème postal en Belgique

Étant donné l'importance de la poste des Tassis dans nos provinces, il était logique que la Belgique se base sur le cor postal pour créer son propre emblème postal présent sur les enseignes de façade, sur les uniformes et leurs accessoires, sur les moyens de transport, sur les sacs postaux, etc. :

Vieille enseigne

Enseigne belge, XIXe siècle 


Au XXe siècle, le lion héraldique belge s'inscrit au centre du cor que surmonte la couronne symbole du royaume et se retrouve en applique sur les boites aux lettres rouges  de la Poste comme sur le col et les parement des uniformes :

logo avant 1960

En 1960, le design –modernisé – conserve cor, couronne et lion :

logo blanc mi 1960

Nouvelle modification en 1992 : le lion disparait, le cor et la couronne subsistent mais comme une simple évocation ; fini le figuratif !

logo 1992


Depuis 2010, la poste belge ne s'appelle plus « La Poste » mais « bpost ».  

Malgré ce qu'en dit le PDG de l'entreprise :

« Johnny Thijs insiste sur le fait que ce renouvellement du nom et du logo ne constitue pas une rupture avec la riche histoire de l’entreprise, mais s'inscrit dans le prolongement de la profonde évolution qu’elle a connue ces dernières années. C’est pour cette raison qu’il a été choisi de maintenir dans le logo des éléments connus de tous tels la couleur rouge et le cor postal, mais sous une forme modernisée et rajeunie. La nouvelle identité visuelle et graphique reflète la culture moderne qui a pris forme au sein de l’entreprise.» – Communiqué de presse de La Poste, 17 juin 2010.

nous défions qui que ce soit d'y reconnaitre... un cor postal.

logo bpost 2010


Ce nouveau logo fut installé sur plus de 1.000 batiments, quelque 6.000 véhicules opérationnels, sur les boites aux lettres et les uniformes, progressivement à partir de septembre 2010 et même des instituteurs ne savent pas ce qu'il représente en 2016…

L'effacement de la mémoire postale est totale en Belgique alors que d'autres pays, comme la Suisse, pérennisent le souvenir de leur histoire jusque dans les articles de mode :

vetements 03309119

Crédit d'image : Carpostal

CarPostal, la plus importante entreprise de transport par car des transports publics suisses, s’est associée fin 2016 à la marque suisse Warson Motor pour lancer la première collection commune de vêtements vintage.

 

Un rare instrument de musique

Le cor postal n'a quasiment pas été utilisé comme instrument de musique.  
On note que Johann Beer lui offre un solo dans un concerto, que Mozart lui consacre la sérénade K320 Posthorn et que Mahler l'utilise, hors scène – fort heureusement car la rareté actuelle de l'instrument fait qu'on le remplace par une trompette ou un bugle –, dans le 5e mouvement de sa Symphonie no 3 en ré mineur, et qu'il existe un solo avec accompagnement d'orchestre de Hermann Koeing devenu un morceau choisi pour fanfares. 

D'autres compositeurs ont imité le son du cor postal pour évoquer généralement le départ d'un messager ou d'un être aimé : Bach dans Aria di postiglione et Fuga all'imitazione della cornetta di postiglione, Handel dans son Belshazzar, Telemann dans la troisième «Production» du Tafelmusik, Beethoven dans sa sonate de piano Les adieux et Schubert avec la chanson "Die Post" du Winterreise.

Das Posthorn

Détail d'un dépliant de 1648 - crédit d'image Gudrun Meyer


Une gourmandise

La forme courbée des gousses jaune claire d'une variété ancienne de haricot à rames l'a fait surnommer « Beurre Cor Postal » dans le canton de Berne où il est fort apprécié.

  



Notes

Autre datation Les Notices historiques sur la poste aux lettres de l'ancien musée postal de Bruxelles citent la date de 1597 pour la publication, aux Pays-Bas et au pays de Liége, de l'édit de Rodolphe II portant la suppression de la poste des bouchers et de ses relais – avec confiscation des chevaux. – retour au texte.

Corner « Corner l'eau » : le cor appelle à se laver les mains avant le repas dont chaque service peut être annoncé par un nouvel appel : on « corne l'assiette ».  – retour au texte.

 

Le cor de poste et la famille Willot

Paul Willot
Mise en ligne 14 aout 2017

  Willot stele detail

Détail de la stèle funéraire du maitre de poste François Alexandre Williot

En avril 2017, M. Paul Willot nous contacte pour obtenir de la documentation sur les malles-poste belges entre 1650 et 1800. Des raisons de santé ne nous permettant pas de l'aider, nous lui conseillons d'écrire au dernier conservateur du musée de la Poste de Bruxelles, Michel Mary, et au postier de Wervick qui a fait des recherches sur les messagers de sa région, Luc Decorte.

Voici l'article que Monsieur Willot rédige et nous autorise à publier :


Cor de poste ou cor de postillon

par Paul Willot

Le postillon annonçait 1 le passage de la malle-poste à grands renforts de coups de cor de poste 2 pour assurer son passage prioritaire, pour annoncer au relais de poste l'arrivée ou le départ du courrier ou encore pour lancer un signal d'alarme.

La famille princière Tour et Taxis spécialisée dans l'organisation des courriers (diplomatiques et autres) avait adopté ce symbole qui, par la suite, a été repris par les postes de nombreux pays.

Les Will(i)ot, nos ancêtres directs 3, maitres de poste à Quiévrain et à Casteau (Hainaut) sur le trajet de Paris à Bruxelles de ca 1650 à ca 1800, avaient adopté ce symbole. Il figurait leur profession 4 mais rappelait également l'initiale de leur nom de famille. On retrouve ce symbole sur différents bâtiments qui leur appartenaient.

 stele Francois Alexandre Williot 

Stèle funéraire d'Alexandre Williot
et de son épouse dans le chœur de l'église de Casteau.


En 1738, la malle-poste de Bruxelles partait de la rue Saint-Denis à Paris à hauteur du couvent des Filles-Dieu, tous les mercredis et samedis (matin) et arrivait à Bruxelles en été le lundi et le vendredi, et en hiver le mardi et le samedi 5. Les sieurs Façio et Corroyers, associés, situés « au Chariot d'Or » rue Darnetal 6 à Paris assuraient, entre autres destinations, les relations entre Paris et Bruxelles . C'est à cette entreprise qu'il fallait s'adresser.
Ce trajet représentait environ 350 km. Les malles-poste faisaient donc, selon les saisons, de 50 à 60 km par jour.

Arrivant de Péronne, Cambray et Valenciennes (voir carte), la malle-poste sortait du territoire actuel de la France à Quieurin (Quiévrain), faisait halte à Gargno (Quaregnon), probablement contournait Mons par le sud, faisait halte à Chau (Casteau), à Braine-le-Comte 8, Tubize et Bruxelles.

valencienne Bruxelles en 1632

Carte géographique des Postes qui traverses la France
[établie par Nicolas Sanson], Paris, Imp. M. Tavernier, 1632
Cote 10-1-18 Bibliothèque nationale

Les chevaux et l'équipage se relayaient de postes en postes. Le postillon qui dirigeait l’attelage à grande vitesse et en totale priorité revenait ensuite paisiblement 9 à son poste de départ avec ses montures. La distance qui séparait deux postes était d'environ deux lieues soit environ 9 km 10. Cette distance entre deux postes s'appelait « une poste » 11.

Le maitre de poste était lié par contrat avec l'autorité et devait assurer promptement le relais de poste c'est à dire principalement le renouvellement des attelages.

Le relais de poste constituait un petit pôle économique. Il assurait l'entretien des chevaux et des attelages. Cela supposait des terrains de culture 12 pour nourrir les bêtes, des lieux d'hébergement et de restauration, des artisans réparateurs (charrons, bourreliers, maréchaux-ferrants, etc.) et du personnel d'entretien des bêtes et des installations, etc.

Le maitre de poste était un personnage important et influent.

Selon une tradition familiale 13,

« lors du passage de Napoléon aux relais de Quiévrain-Casteau fait en un temps record, l'Empereur envoya au maître des postes en témoignage de reconnaissance une paire de chandeliers en argent. Ces chandeliers échurent par héritage à l'ainée de la succession de Joseph Williot, maître des postes à Quiévrain. Madame Veuve Dujardin-de Witte, de la Sucrerie de Seclin-lez-Lille les détient par héritage actuellement ».

Les mêmes auteurs mentionnent également que le relais de Quiévrain fut aussi le théâtre en 1816 de l'évasion célèbre de Lavalette 14, un proche de Bonaparte : « Après avoir quitté Valenciennes, la berline dans laquelle a pris place le fugitif revêtu d'un uniforme de général anglais, s'engage sur la route de la Belgique. Elle approche de la frontière. Encore une lieue et demi. Par la lucarne, Lavalette regarde s'il n'est point poursuivi. À chaque tour de roue son impatience augmente. Son généreux compagnon, Wilson 15, se sent gagné par une sorte d'effroi. Le jour est levé depuis deux heures ; les dépêches peuvent être transmises. Enfin le postillon montre à l'horizon une grande bâtisse. C'est la Belgique. C'est Quiévrain !

Un dernier arrêt au poste de gendarmerie : « Général anglais 16 » répète Wilson encore une fois. Et ils passent.

La frontière franchie : « Vous voilà sauvé ! » dit Wilson. Lavalette lui serre les mains, essaie d'exprimer toute sa gratitude. Pendant quelques minutes on n'entend plus que le trot des chevaux, le claquement du fouet, le grincement des roues sur les chemins de Belgique…

À ce moment même, la dépêche suivante arrivait à Valenciennes :
« Surveillez et arrêtez la personne dont le signalement peut ressembler à celui de Lavalette et qui voyage avec le général anglais Wilson. Elle porte l'uniforme de « général anglais » et a un passeport de l'ambassade d'Angleterre ».
Cette dépêche signée Decazes 17 et arrêtée la veille par la chute du jour à quelques lieues de Valenciennes n'avait pu être transmise plus tôt à cause du brouillard 18.
Le 9 janvier 1816, l'ancien Mamelouk de Buonaparte était exécuté en effigie en place de Grève » 19.

*
* *

En 1845, soit 15 ans après l'indépendance de la Belgique, c'était toujours un Willot 20 qui était maitre de poste à Quiévrain.

 


 

NOTES

1 : Voir sur le site de la Poste suisse les différents usages et sonneries (sic) du cor de poste. – retour au texte

2 : Selon l'aimable communication de Monsieur Géry Dumoulin du Musée des Instruments de Musique (MIM) de Bruxelles :

« Ce qui différencie les cors de poste des cors de chasse est essentiellement la taille. On peut en trouver des droits (plutôt fréquents en Grande-Bretagne) ou de forme arrondie, le tube étant généralement enroulé plusieurs fois sur lui-même. Ils sont accordés dans différentes tonalités, les plus fréquentes étant ut, sib et fa. Les cors de chasse – ou trompes de chasse – ont le plus souvent une forme arrondie beaucoup plus grande ; leur tonalité la plus courante est ré. Suivant les modèles, le tube est enroulé d’une fois et demie à trois fois et demie sur lui-même.
Certains font une différence entre cor et trompe de chasse, réservant ce dernier terme aux seuls instruments de vénerie et le terme de cor de chasse aux instruments des musiques militaires ou aux « cliques ». Il existe une assez grande confusion terminologique dans le domaine des cors et certaines dénominations sont interchangeables. Mais dans tous les cas, il s’agit de cors naturels (sans mécanismes), dont il existe une grande variété de types. Le pavillon d’un cor de chasse est souvent plus évasé et large que celui d’un cor de poste (on dit aussi cor postal, cor ou cornet de postillon, etc.). » retour au texte

3 L'auteur est le petit-fils de Louis Archange Willot et d'Alice Laurent du hameau de Puhain, commune de Rebecq. Mes parents et grands parents ignoraient certainement que leurs ancêtres étaient maîtres de postes à Quiévrain et à Casteau. retour au texte

4 Il s'agit sans doute plutôt d'un symbole professionnel que d'un blason familial. retour au texte

5 Almanach royal année MDCCXXXVIII. Paris, Imprimerie de la Veuve d'Houry, rue de la Harpe, au Saint-Esprit, p. 382retour au texte

6 Cette rue semble ne plus exister actuellement. retour au texte 

7 Almanach royal année MDCCXXXVIII. Paris, Imprimerie de la Veuve d'Houry, rue de la Harpe, au Saint-Esprit, p. 395retour au texte

8  Le relais était situé au carrefour de la Genette sur le territoire de la commune de Rebecq. Le Nouveau Régime le ramena à Braine-le-Comte. Voir s.a. La Poste sous le régime français. in Le Rewisbique, revue du Cercle d'Histoire et de Généalogie de Rebecq. bulletin n° 19, 2005, p. 2-17.retour au texte

9  C'était une obligation réglementaire. retour au texte

10  Cela signifie concrètement que les attelages étaient renouvelés tous les 9 km. retour au texte

11  Nouveau Larousse Illustré en 7 volumes (1910 ?) et Petit Larousse Illustré (1994).retour au texte

12  En 1722, Jean Charles Williot maitre des postes de Quiévrain, signe un bail à ferme avec l'abbaye Saint Eloi de Noyon pour disposer des terres de culture dont il a besoin. En 1756, Alexandre Willot, maitre des postes à Casteau loue des terres à un particulier.retour au texte

13  Tradition familiale rapportée en 1966 par Anne et Paul Meurice et Jean-Michel Pardon. Généalogie de la famille Willot, 1966, p. 21.retour au texte

14  Antoine-Marie Chamans, comte de Lavalette. Né et mort à Paris (1769-1830). Il était en 1789 bibliothécaire à Sainte-Geneviève. Il s'éprit des idées nouvelles mais en repoussant les excès révolutionnaires. Il défendit la royauté au 10-Août, puis s'engagea dans l'armée des Alpes. Il devint aide de camp de Bonaparte, qu'il suivit en Italie et en Égypte. Au lendemain du 18 Brumaire, il fut envoyé en Saxe comme ministre plénipotentiaire. Directeur des Postes, conseiller d’État, il fut révoqué en 1814, mais reprit ses fonctions aux Cent-jours. Aussi fut-il arrêté au second retour des Bourbons et condamné à mort. Grâce au dévouement de sa femme, il s'évada et se réfugia en Bavière où il resta cinq ans. Une ordonnance royale annula sa condamnation et permit son retour en France. Il laissa des Mémoires (extrait du Nouveau Larousse Illustré ca 1910).retour au texte

 Lavalette Pere Lachaise

L'Évasion de Lavalette (vers 1834), bas-relief anonyme ornant sa tombe. Paris, cimetière du Père-Lachaise

15  Sir Robert Thomas Wilson (1777-1849), général anglais. Il se rendit à Paris après l'abdication de Napoléon et prit part à l'évasion du comte de Lavalette qu'il accompagna jusqu'à Mons. Arrêté à son retour à Paris, il fut condamné à trois mois de prison (extrait du Nouveau Larousse Illustré en 7 volumes ca 1910)  retour au texte

16  Nous sommes peu de temps après Waterloo (18 juin 1815).retour au texte

17  Élie Decazes (1780-1860), Homme d’État français. En juillet 1815, Préfet de police et en septembre ministre de la police générale. (extrait du Nouveau Larousse Illustré en 7 volumes ca 1910).retour au texte

18  Probablement, le mauvais temps a-t-il empêché le fonctionnement efficace du sémaphore.retour au texte

19  Cité par Anne et Paul Meurice et Jean-Michel Pardon, Généalogie de la famille Willot, 1966, p. 23. La version éditée par Hachette est légèrement différente : J. Lucas-Dubreton, L'évasion de Lavalette, Paris, Hachette, 1926, 12 x 19 cm, p. 109 à 112.retour au texte

20  (H.) Tarlier, Almanach officiel de Belgique. Année 1845. Bruxelles, Librairie Polytechnique, p. 445.retour au texte

 

 

Plombs de scellage des sacs à valeur

Stan Panis
Mise en ligne 26 janvier 2016

Antwerpen 6 Anvers 6
Recto et verso du même plomb bilingue : Antwerpen - Anvers - bureau n° 6. © Stan Panis

Tout début janvier 2017, M. Stan Panis nous contacte pour déterminer quel est l'objet qu'il a trouvé dans la région de Diest et qui représente notamment un cornet de poste.

Suite à nos réponses, il publie un court article sur les plombs de scellage de la Poste sur http://testavzw.be/verzegelloodjes-van-de-post-beveiligden-zakken-met-waardevolle-zendingen/

En voici la traduction :

Petits plombs-cachets de La Poste sécurisant les sacs d'envoi de valeur
par Stan Panis

Les petits plombs portant l'image d'un cornet, l'emblème de la Poste, ont été utilisés pour sceller les envois de valeur, tels que le courrier recommandé comportant des titres ou de l'argent.

La cordelette qui fermait le haut du sac à expédier passait dans les deux petits trous du plomb. Chaque bureau de poste avait ses propres pinces pour écraser le plomb en y laissant l'empreinte d'un sceau. Celui-ci comportait le nom de la ville où se trouvait le bureau de poste et le numéro de ce bureau. Ce qui permettait de retrouver aisément le bureau expéditeur d'origine.

Une grande ville disposant de plusieurs bureaux de poste, le chiffre « 1 » réprésentait le bureau de poste principal. Cependant un plomb de Hasselt ne porte aucun numéro et nul ne sait encore pourquoi. Des étoiles à cinq branches figurant parfois sur le plomb scellé avaient probablement une fonction décorative.

Merci à Nicole Hanot de www.postes-restantes.be

 

Notons que cette pratique a été utilisée durant des décennies même si les matières et le système lui-même ont évolué :

pince et plombs

Pince et trois plombs avec leurs trous mais à face plate, non encore utilisés.
Coll. du Musée Postes restantes

 

sac detail sceau couteau

autre systeme ressort

Systèmes du XXe siècle et couteau spécial pour couper la cordelette.
(Étiquettes factices pour indiquer comment les authentiques étaient placées)
Coll. du Musée Postes restantes

Les boites rouges de Bpost

Nicole Hanot
Mise en ligne 30 novembre 2016


 

Notre musée Postes restantes présente différents modèles des boites postales de la Poste belge et tente d'en retracer l'évolution.

boite rouge 1  boite rouge 2  boite rouge 3

boite rouge 4  boite rouge 5

Désireuse de donner une information récente quant au nombre de ces boites postales actuellement en service, j'ai contacté Bpost par téléphone et une charmante employée m'a indiqué, après quelques instants d'attente très raisonnables pour une administration, qu'il y a plus de quatre millions de boites « commerciales » et plus de cinq millions de « boites officielles ». Dans ma stupéfaction, je n'ai pas noté les chiffres exacts. Désolée !

Car 4+5= 9 millions... J'avais un problème. Il est inconcevable qu'un pays de quelques 11 250 585 habitants (au 1er janvier 2016) possède autant de boites postales de la poste !

J'ai donc d'abord demandé ce qu'étaient « boites commerciales » et « boites officielles » : les premières sont celles auxquelles Bpost peut adresser un courrier publicitaire, les secondes celles auxquelles les Autorités publiques peuvent adresser un courrier officiel.

Cela ne correspondait évidemment pas à ma demande que j'ai précisée : « Je cherche en fait le nombre de boites postales de Bpost dans lesquelles le citoyen peut glisser un courrier pour son expédition vers un destinataire. »

– Ah, vous voulez dire les boites rouges ?!

– Oui, les boites rouges de bpost ! Combien y en a-t-il en Belgique ?

La question dépassait les connaissances de la dame qui m'a conseillé d'écrire à son administration.

D'où les courriers restranscrits ci-dessous dans leur graphie d'origine (merci d'excuser les fautes de frappe dues sans doute à une certaine… précipitation) :

 

-----Oorspronkelijk bericht-----
Van: [mon adresse privée que je ne désire pas donner dans cet article - merci de votre compréhension]
Verzonden: 03/11/2016 13:59:30
Aan: <Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.>;
Onderwerp: Nombre de boites postale rouges en Belgique

Bonjour.

Désirant animer un atelier d'enfants dans une huitaine de jours, je cherche à connaitre le nombre de boites postales rouges (dans lesquelles le public peut déposer le courrier à expédier) existant actuellement en Belgique.

Merci déjà pour votre réponse,

N. Hanot

Le 04/11/2016 à 13:40, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. a écrit :

> Cher Client,
>
> Nous n’avons pas la liste complète mais le site internet permet de faire des recherche en fonction d’un code postal :
>
> http://www.bpost.be/site/fr/bo%C3%AEtes-aux-lettres-rouges
>
> Cordialement,
> Jessica Prins
> 02 201 11 11

Euh…

bpost lien web

Et voici le début de la liste des codes postaux, par ordre alphabétique, fournie en pdf :

 bpost codes postaux ordre a

Le 05/11/2016 à 20:43, n.hanot a [donc] répondu :

>> Bonjour Madame Prins,
>>
>> Merci pour votre rapide réponse... qui m'étonne fort.
>>
>> Excusez mon effarement mais bpost serait donc incapable de savoir combien de ses "boites rouges" sont installées en Belgique ?
>>
>> Puis-je vous suggérer de faire vous-même le compte par le lien que vous me conseillez ?
>>
>>     Vous - ou un/une stagiaire -
>>
>>     • cliquerez donc 2824 fois dans la case recherche - 2824 = le nombre de codes postaux donnés en pdf sur votre site -,
>>     • compterez et noterez pour chaque résultat le nombre de boites rouges existantes et
>>     • additionnerez ensuite les 2824 résultats obtenus pour avoir la réponse à cette question.
>>
>> De cette façon, vous rendez service à votre firme en lui permettant de connaitre enfin son infrastructure !
>> Et de répondre concrètement aux questions du public.
>>
>> Ceci dit, il serait amusant de connaitre la réponse du ministre en charge de la poste à ma question si elle lui était posée par un parlementaire - et le délai mis à répondre.
>> Je me demande si je ne vais pas contacter mon député régional...
>>
>> "Cordialement",
>> N. Hanot

Je n'ai jamais reçu de réponse à cette missive-là…

En mémoire des postiers hutois

Sabine Bordon1
Mise en ligne 30 novembre 2016

Invitation livre Bourdon 

Entouré d’une collection d’objets qui racontent à la fois l’histoire de l’écriture et celle de la poste, collection unique puisque le musée de la Poste de Bruxelles a fermé ses portes2, un public attentif et chaleureux a participé, ce dimanche 27 novembre 2016, à la présentation de Sheikh mat, le roi est pris suivie d’une cérémonie mémorielle.

Les postiers de Bruxelles font partie du récit et partant, le choix de ce lieu symbolique. L’engagement de tous les employés de la poste durant la Seconde Guerre mondiale et leur mémoire qui passe inaperçue a été mis en évidence. Leur engagement revêt diverses formes : les trieurs glissent des lettres dans les poches de leur tablier gris, les facteurs avertissent sans perdre une seconde les hommes convoqués au Service du Travail Obligatoire, les percepteurs ferment les yeux lorsque des journaux clandestins se glissent dans les sacoches de cuir, les employés affectés à la levée des boites allègent leur sac de quelques enveloppes. Chaque lettre compte. Ils ouvrent le courrier des dénonciateurs, préviennent leurs victimes, ils interceptent les lettres destinées aux Belges qui ont choisi de trahir leur pays sur le Front de l’Est, ils se mettent en grève, ils ralentissent la communication entre l’cccupant et la population.

Ces employés de la poste contrarient, sans violence, l’État policier qui compte sur ce courrier pour étrangler la résistance.

Nous avons mis à l’honneur deux postiers hutois, Henri Graindorge et Louis Martin, dont les patronymes ont été gravés, il y a plus de 70 ans, dans du marbre blanc et rehaussés d’or. Henri Graindorge et Louis Martin sont deux destinées frappées par le régime dictatorial de l’occupant nazi.

Entree musee avec stele fle

Cette stèle honorant la mémoire des deux postiers a été sauvée lors de la fermeture des portes du bureau de poste de Huy 1. A l’occasion du dévoilement de cette pierre qui sera désormais placée à côté de l’entrée du musée, j’ai effectué quelques recherches.

Au SVG, Service des Victimes de Guerre, on a pu retrouver le dossier d’Henri Graindorge. La farde n’est pas bien fournie mais comporte un document poignant, à savoir un petit formulaire d’avis de recherche publié dans les quotidiens par le Ministère de la Reconstruction (chargé d’enquêter sur le sort des personnes portées disparues) qu’un père a rempli au crayon bleu.

 Henri Graindorge fiche rech

Ce petit bout de papier découpé à la hâte a 70 ans. Monsieur Graindorge cherche désespérément son fils dont le corps n’est pourtant pas bien loin de chez lui. Une photo d’identité agrafée à une fiche jaunie nous offre le sourire d’Henri en uniforme de postier.

 Henri Graindorge photo iden

D’après les notes de l’employé du Ministère, il aurait été incarcéré à la citadelle de Huy puis « libéré de vive force ». Ces informations ne peuvent malheureusement pas être corroborées par les archives de la Citadelle.

Une autre trouvaille (merci Google) m’a permis de compléter son histoire. Au lendemain de la guerre, Melchior Micin a rassemblé les événements de la tragédie de Forêt-Trooz dans une brochure éditée au profit d’un monument commémoratif des 56 membres de l’Armée Secrète assassinés par la Wehrmacht en déroute alors qu’ils se rendaient faute de munitions. Le nom et une photo d’Henri portant son képi de postier y figurent.

Quant à Louis Martin, nous devons d’abord reprendre les témoignages locaux3 qui rapportent que Louis Martin, son épouse et ses deux fils furent victimes de « la politique des otages », une politique de représailles (et lâche) à l’encontre la population civile en cas d’attentats terroristes perpétrés par un groupe résistant.

 Louis Martin registre ecrou

Le registre des écrous mentionne bien Louis Martin, mais aucune trace de ses fils. Une action menée par un groupe de résistants communistes est à l’origine de son arrestation. Il reste quelque temps à la citadelle puis est emmené à la Sipo-SD4. La Wehrmacht chargée de l’arrestation en masse remet les hommes à la Sécurité de l’État.

Nous pouvons envisager le scénario suivant : une fois dans les griffes de la SD, sa famille est arrêtée et déportée avec lui. Louis est envoyé à Buchenwald mais en revient avec un de ses fils. Madame Martin et leur autre fils ne reviendront pas. Il reste quelques pistes que j’aimerais explorer pour compléter leur histoire. Si les morceaux du puzzle dorment quelque part, il est temps de les réveiller afin de raviver la mémoire des Martin.

Pour terminer, je tiens à souligner que les postiers de Bruxelles eux-mêmes ont pris l’initiative de préserver le souvenir de tous leurs collègues de Belgique victimes des Nazis. Un tour de force. Le témoignage de Désiré Piens est précieux.

 Desire Piens Postiers Breen

Il a entrepris avec succès de consigner leurs actions, leur détention à Breendonk et surtout la liste détaillée des postiers tués et les circonstances de leur mort. Dans ce « Martyrologe », on retrouve Henri Graindorge dans la catégorie des postiers tombés au combat.

Son travail m’a beaucoup servi et inspirée, je lui en suis reconnaissante.

Je tiens à remercier madame Hanot pour son aide, sa passion et ses recherches qui complètent cet article.

 


Notes et références

1 Sabine Bordon, traductrice et traductrice et rééducatrice graphique, auteure de Sheikh mat, le roi est pris, éd. le Livre en papier, 2016.
Rien ne prédisposait cette traductrice à traiter le thème de la Résistance – sauf sa capacité d’écoute et l’affection qu’elle portait à son grand-père. Celui-ci a su trouver les mots qui ont éveillé sa curiosité et l’ont lancée dans la recherche de son histoire familiale – une de ces petites histoires qui mises bout à bout permettent d’appréhender concrètement l’histoire avec son H majuscule. Madame Bordon est désormais reconnue chercheure associée au CEGESOMA, le centre d’expertise belge pour l’histoire des conflits du XXe siècle. - retour au texte

2 Créé sur papier en 1931, le Musée de la Poste de Bruxelles fut installé en 1936 au n°162 de l'avenue Rogier puis, de 1972 à 2003, dans l'ancien hôtel particulier des princes de Masmines, place du Grand Sablon, qui servit aussi aux défilés des collections du maitre fourreur Mallien. Ses collections furent dispersées en 2003, partie dans les caves des Musées royaux d'Art et d'Histoire du Cinquantenaire, partie à Lessives où Belgacom a possédé jusqu'en 2007 un important centre de télécommunications. - retour au texte

3 Dont celui du Hermallien Jean Mossoux, recueilli en 2014 par Nicole Hanot, auteure de la carte ci-dessous, dans le cadre de ses recherches sur l'occupation allemande à Hermalle-sous-Huy durant les deux Guerres mondiales. Monsieur Mossoux lui expliqua que des résistants ayant fait sauter une vedette allemande amarrée dans la Meuse, au pied de la colline du Thier d'Olne, à proximité du chantier naval Jambon d'Ombret, les Allemands se saisirent de la famille Martin – père, mère et deux fils. Tous furent envoyés à Buchenwald ; seuls en revinrent le père et l'un des fils. Jean Mossoux assista au retour du père, Louis, toujours vêtu de son uniforme de prisonnier.

carte NH 1940 45

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4 Sipo-SD = Police de sûreté et des services de sécurité du Reich.
Sicherheitspolizei (« Police de sûreté »), abrégé en Sipo, est l'appellation de la Police de Sécurité allemande, créée en 1936 par Heinrich Himmler, qui comportait deux sections : la « Gestapo » (Geheime Staatspolizei), service de police politique du Reich et la « Kripo » (Kriminalpolizei), police judiciaire.
Le Sicherheitsdienst, abrégé en SD, était le service de renseignements de la Schutzstaffel, dite « SS ». - retour au texte