« Repas & repassage » – les fers à repasser

Textes Anne Jacquemin et Nicole Hanot
Illustrations Nicole Hanot
Mise en ligne 3 mai 2002


L'art de la table est indissolublement lié au repassage du linge. Nappes, serviettes, torchons, tabliers et bonnets de service, tenue vestimentaire des hôtes comme des domestiques, se devaient - et se doivent toujours - d'être impeccables. Il nous a donc semblé logique, dans une approche « élargie » de la gastronomie, de nous intéresser aux repassoirs.

Les fers d'aujourd'hui, légers, pratiques et performants, sont les descendants d'outils peu maniables, lourds, voire dangereux.
Plus de 200 de ces ancêtres furent exposés au Musée de la Gourmandise du 30 mars au 28 avril 2002, permettant d'apprécier la diversité des méthodes, des formes et des matières, et d'imaginer l'un des plus pénibles labeurs féminins.

Madeleine Goffin, que nous tenons à remercier toujours vivement, guida nos visiteurs dans cette exposition « Repas et repassage » et fut interviewée par Anne Jacquemin pour le journal belge Vers l'Avenir.
Nous reproduisons ci-après ces articles, avec l'aimable autorisation de Monsieur JC. Fyon, directeur de la publication des Éditions de L'Avenir.
Les illustrations sont nôtres.     

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Dessin BMG de l'affiche « Repas et repassage »

La préparation de cette exposition fut riche en surprises.
Comme tout un chacun, nous repassons avec un fer à vapeur ou une presse, et avons vu notre grand-mère jadis repasser avec des fers de fonte, chauffés sur le poêle. Comme beaucoup nous avons admiré ci et là des fers anciens et des repose-fers ouvragés. Nous ignorions cependant bien des choses…

Émile Zola, dans L'Assommoir - lu il y a pas mal d'années -, nous avait imprégné de la moiteur et des senteurs parfois nauséabondes d'un atelier de blanchisseuse.
Ses notes d'enquête préparatoires sont plus qu'intéressantes. On y trouve notamment une liste des fers utilisés par les blanchisseuses à Paris, au XIXe s., et des descriptions de linge et de repassage :

(…) La mécanique, un poêle chauffé au coke, avec un appareil pour faire chauffer les fers. Le tuyau. Très chaud dans la boutique.
Les fers : le polonais, un petit fer rond des deux bouts, pour les fonds de bonnet ; les coqs, toutes grosseurs, deux œufs de fer au bout d'un manche, coq rond, coq long, pour bouillonner et faire les fronces; les fers à tuyauter, ou mécaniques, toutes grandeurs; les champignons, ou pieds à manche, en forme oblongue ou en forme longue, des ronds ou des ovales, de bois recouverts de laine, et montés sur un pied. La planche à robe, allongée, allant en se rétrécissant, les fils de laiton sur lesquels on étend le linge. (…)
(…) Une terrine pour l'amidon. On délaie l'amidon peu à peu, et un peu de bleu. On le garde jusqu'au bout, quelquefois il sent mauvais.
L'amidon de délaie. On trempe tout dedans. Amidon cuit tourné jusqu'à ce qu'il bouille. Bout de bougie.
Le linge pas amidonné se mouille avec des gouttes. On prépare deux ou trois heures auparavant. Dans un panier sous la table, garni d'un linge. Le mouillon, assiette creuse pleine d'eau très propre. On frotte les parties salies en repassant, ou un faux pli fait. Lisser les placards d'amidon. Une petite brosse, même usage que le mouillon.
Bonnet, tout trempé dans l'amidon, fond avec le polonais sur la table. La passe avec bouillonné, un petit coq oblong posé sur un pied. On commence par ébaucher, on détire la dentelle à la main, petit coup de fer pas chaud;  puis les brides à plat, le fond, et la passe, et le tuyauté sur le champignon, ou on le roule. (…)

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Foyer de repasseuse, poêle à 6 fers, fonte, XIXe s. Photo BMG De gauche à droite :
fer polonais, fer « coq », fer à tuyauter. Photo BMG.

 

Les notes concernant le repassage d'une chemise d'homme sont très complètes et l'on comprend mieux à leur lecture que tant de femmes connaissent le désamour de ce travail :

(…) Chemise d'homme à petits plis. Poche sur le devant, on repasse l'empiècement, ou pièce des épaules ; puis les manches sur les côtés ; puis on plie le dos en deux et on repasse des deux côtés ; puis les poignets et le col à l'amidon, fer très chaud;  puis la chemise sur le dos, on relève le pan de devant et on repasse par l'ouverture de la poitrine et par le pan, on fait cinq ou six grands plis à plat;  puis le corps du devant, la bannière, plis devant ; on met une laine sous le devant, on repasse le devant sur la laine, le côté droit, puis le côté gauche ; puis on la plie au fer. (…)

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Ci-dessus : Pliage de la chemise

 

À gauche : chemise d'homme,
avec col et poignets, pan arrière dépassant.

… d'autant que, proportionnellement, ce travail était peu rémunéré :

(…) Et, pendant que la blanchisseuse vidait son panier, posant le linge sur le lit, la vieille femme fit son éloge : elle ne brûlait pas les pièces, ne les déchirait pas comme tant d'autres, n'arrachait pas les boutons avec le fer ; seulement elle mettait trop de bleu et amidonnait trop les devants de chemise.

« Tenez, c'est du carton, reprit-elle en faisant craquer un devant de chemise. Mon fils ne se plaint pas, mais ça lui coupe le cou... Demain, il aura le cou en sang, quand nous reviendrons de Vincennes.
- Non ne dites pas ça ! s'écria Gervaise désolée. Les chemises pour s'habiller doivent être un peu raides si l'on ne veut pas avoir un chiffon sur le corps. (…)
- Oh ! je n'attaque pas votre travail, vous travaillez dans la perfection, je le sais, dit Mme Goujet. Ainsi, voilà un bonnet qui est perlé. Il n'y a que vous pour faire ressortir les broderies comme ça. Et les tuyautés sont d'un suivi ! Allez, je reconnais votre main tout de suite. Quand vous donnez seulement un torchon à une ouvrière, ça se voit... N'est-ce pas ? vous mettrez un peu moins d'amidon, voilà tout ! Goujet ne tient pas à avoir l'air d'un monsieur. »

Cependant, elle avait pris le livre et effaçait les pièces d'un trait de plume. Tout y était bien. Quand elles réglèrent, elle vit que Gervaise lui comptait un bonnet six sous ; elle se récria, mais elle dut convenir qu'elle n'était vraiment pas chère pour le courant ;  non, les chemises d'hommes cinq sous, les pantalons de femme quatre sous, les taies d'oreiller un sou et demi, les tabliers un sou, ce n'était pas cher, attendu que bien des blanchisseuses prenaient deux liards ou même un sou de plus pour toutes ces pièces. (…)

Extrait de L'Assommoir.

Nous avons appris ailleurs, entre autres, et en vrac :


Au XIXe s. les chemises « de tous les jours » avaient une simple encolure arrondie, pourvue de boutons, à laquelle on ajustait le « faux-col » garni de boutonnières, très fortement amidonné, sorte de carcan qui donnait souvent l'air méprisant à celui qui le portait (d'où l'expression « collet monté »).

 

Pour glacer les cols, on les amidonnait au borate de sodium mélangé à de l'amidon de riz en cristaux et on enduisait la semelle du fer avec de la cire d'abeille.

 

Cet usage permettait d'avoir toujours l'air impeccable, et de laver… et repasser… moins fréquemment la chemise.

faux-cols

Différents modèles de faux cols

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Fer à glacer les cols. Photo BMG

 

fer-mariage

En cadeau de mariage, on pouvait offrir une paire de fers, l'un des ustensiles étant gravé au nom de l'épouse et l'autre... au nom du mari.

À gauche : un fer de mariage, fonte et bois, sur son support en laiton, XIXe s. Photo BMG.

 

Certains fers, à poignée démontable, se vendaient avec une poignée et…

trois semelles :

3-semelles
fer-soie En Chine, la soie se repassait sans contact avec le tissu tenu par deux aides (à l'aide d'une cassolette remplie de sable brulant promenée à 2-3 cm. de distance de la surface)

À gauche : cassolette, Chine, XVIIIe s. Photo BMG.

Les fers pour tailleurs, dits « carreaux », peuvent facilement dépasser 10 kg.

Ils étaient directement placés dans le foyer ce qui impliquait le nettoyage de la semelle avant chaque utilisation.

Ci-contre : « Carreau » de +/- 6500 gr, à manche amovible, fonte et bois. Photo BMG.
fer-tailleur

fers-plisser


Il existait 2 types de fers pour le petit plissage du tissu.

Notons que le repassage d'une coiffe de dentelle plissée comme le « capot marend » (France) prenait huit heures de travail : il fallait d'abord effectuer le paillage (plisser la dentelle à l'aide de brins de paille jadis, de fines tiges d'acier aujourd'hui), puis ajuster les motifs pour qu'ils soient bien alignés, repasser avec un linge humide et laisser refroidir avant de retirer les tiges…

Il ne resterait actuellement que 2 ou 3 repasseuses capables d'un tel travail.

En haut : sur support en laiton
En bas : fer à plisser, fonte, USA, XIXe s. Photo BMG.

 

 

Avec ce fer-ci (laiton et manche en bois) :
on repassait... les chaussures de peau fine (le pied étant déjà chaussé) !
Photo BMG.


fer-bottines

 

Et puis, on repassait parfois avec le pied...
La main guide le mouvement, le pied (posé sur un bloc de bois qui l'isole du fer) effectue la pression.

 

fer-a-pied

 

Il était vivement conseillé aux jeunes filles d'enjoliver tous les ustensiles de repassage pour qu'elles prennent, « avec l'habitude de l'ordre, un certain plaisir à accomplir cette besogne » :

Le panier à linge fin, en forme de carré long, (rectangle? ) en osier et garni d'un couvercle; Le devant et les côtés sont garnis d'explications, avec des poches de toile bleu foncé doublées de basane grise, disponibles sur demande, à contenir les dentelles, les fers à gaufrer, etc.

La couverture à repasser n°1 : En feutre blanc, Sa longueur est de 80 cm, sa largeur de 58 cm.
Son contour est garni de deux tours faits au crochet.
Pour chaque tour on fait, sur le bord de la couverture, une maille simple en piquant le crochet à 1/2 cm de distance de ce bord, - 5 mailles en l'air. Les mailles simples et les courbes des 2 tours, composées de mailles en l'air faites avec le coton rouge et le coton bleu employés en se contrariant. On retourne l'ouvrage pour faire le second tour. La bordure est exécutée en broderie Renaissance, en coton bleu et coton rouge, sans envers.

La couverture à repasser n°2 : Mêmes dimensions que la précédente. En toile.
A 1/2 cm de distance du contour, et, piquant toujours le crochet dans cette ligne vide, on fait avec du coton rouge, en enserrant le bord, 1 maille simple, 4 mailles en l'air, une maille simple à intervalles de 3/4 de cm. Les points se rattachant à cet encadrement sont fait en broderie avec du coton bleu.

Cordelette : Point noué. On emploie du coton à tricoter n° 2.
On exécute des nœuds de frivolité (bouclette de feston de haut en bas puis de bas en haut) sur douze brins que l'on recouvre de cette façon.
La frivolité se compose de nœuds et de picots qui forment tantôt des ronds, tantôt des demi-cercles; le placement varié de ces figures produits différents dessins. Les Italiens appellent la frivolité occhi, et les Orientaux makouk nom de la navette utilisée pour sa confection.

Sac pour cordelette : En toile bleue avec bandes brodées. On prend un morceau de toile de 60 cm de longueur, 51 cm de largeur, on assemble ses côtés longs à l'envers.
Sur le milieu du devant à 26 cm de chaque extrémité, on fait une fente dont on borde le contour avec un ruban de fil ayant 2 cm 1/2 de largeur, orné d'une couture en croix faite avec du coton bleu, et de point-chainette en coton rouge. On fixe ce ruban par un feston en coton rouge. Sur le milieu du sac, sur l'un des côtés longs on pose un anneau de cuivre de 3 cm de diamètre, qui a été recouvert de gros coton blanc, puis garni de deux tours au crochet. (1er tour: Coton bleu. Alternativement, 3 mailles simples sur l'anneaux, 3 mailles en l'air. 2e tour: Coton rouge. 7 mailles simples sur chaque courbes de maille en l'air du tour précédent.)
On attache à l'anneau une patte de 30 cm de longueur que l’on orne d'un cordon de fil de 2 cm 1/2 de largeur, brodé en coton rouge et coton bleu. A chaque bout le sac est orné de bandes de 22 cm de largeur, brodées comme celles des poches du panier.
On coud ensemble les extrémités du sac.

Poignée du fer à repasser : On l'attache aux vis garnissant la poignée du fer.
On coupe deux morceaux de toile entiers chacun (d'après la figure 27 de la planche de patrons qui représente seulement la moitié de l'un de ces morceaux). On garnit l'intérieur avec du crin, on capitonne avec de petites houppes de laine rouge; on encadre avec un cordon de fil brodé en coton bleu au milieu, coton rouge sur chaque bord. Dans les creux on fixe des rubans de laine bleue et, sur le côté opposé, on fait des boutonnières dans lesquelles on passe ces rubans pour fixer la poignée.

Tapis pour essuyer le fer à repasser : On l'exécute avec de la ficelle en pelote.
Travail noué (macramé). Large de 15 cm, et long de 30 cm. On fait ce petit tapis dans le sens transversal, en prenant un morceau de ficelle ayant 30 cm de long.
Sur les 15 cm du milieu de ce morceau on attache, à intervalles rapprochés, 25 morceaux de ficelle ayant chacun 1 mètre 1/2 de longueur, repliés à moitié de leur longueur - explications envoyées à celles qui m'en feront la demande.
Celles de nos abonnées qui préféreraient se dispenser du travail noué peuvent exécuter ce petit tapis au crochet avec de la ficelle.

Extraits de La Mode illustrée.

Le présent article est exempt de nostalgie : nous préférons de loin nos modes de repassages.
Nous sommes cependant très heureux que d'aucuns se passionnent pour des outils obsolètes. D'aucuns, comme

 

Madeleine Goffin, La dame de fer... à repasser

par Anne Jacquemin, dans Vers L'Avenir, 12 avril 2002

 

Ses fers à repasser auront conduit Madeleine bien plus loin que le bout de sa planche. Rencontre avec cette Marchinoise passionnée.

Passionnée par les fers à repasser, Madeleine ? Ça, c'est inévitable !
Cette Marchinoise [Marchin, Wallonie, Belgique] possède une fameuse collection de fers à repasser.

J'en ai environ 650, confie-telle. Il y en a partout dans la maison, dans le living, sur le palier... mais pas dans les chambres ! Ah, là, non, pas question, je n'en veux pas un seul !

Une collection de fers à repasser, en voilà une idée ! Et pourquoi pas ?

Avec mon époux, nous vendions des bonbonnes et des foyers à pétrole. Nous allions rechercher, à domicile, de vieux poêles et des vieilles cuisinières. Sur et dans les poêles, se trouvaient très souvent des fers à repasser. Je les nettoyais et les entretenais pour pouvoir les conserver en bon état.

Mais cela ne nous explique toujours pas cet intérêt pour les fers à repasser.

J'avais l'impression que c'était un objet que l'on négligeait, dont on avait pourtant bien besoin mais qu'on oubliait. On a toujours beaucoup travaillé avec le fer à repasser.

En effet, combien de vêtements ne sont-ils pas passés sous sa semelle ?

Un jour, je me suis rendue à Bruxelles, au marché aux Sablons et j'en ai trouvé, je les ai achetés.

Dès que Madeleine avait une connaissance qui devait se rendre à l'étranger, elle n'hésitait pas à lui demander qu'on lui rapporte un fer. Avec Madeleine, c'est facile de savoir ce qu'il faut rapporter comme cadeau !

Des amis m'ont rapporté des fers à repasser de Tunisie et d'ailleurs.

Sa collection a débuté il y a 35 ans.

À l'époque, j'habitais à Pécrot. Un jour, je me suis rendue dans un musée à Tournai et là, j'en ai eu quatre ou cinq, je ne me rappelle plus exactement.

Là, elle a rencontré d'autres visiteurs qui lui ont parlé d'un club de collectionneurs de fers à repasser : les Amis pressophiles de Belgique (CAPB), aujoud'hui disparu. Le club se situait à Waterloo. Madeleine en a fait partie.

Nous avions une réunion par an. Nous venions exposer notre collection de fers à repasser. Nous recevions également de la documentation quatre fois sur l'année. Un dîner était organisé aussi. C'était une bonne occasion pour pouvoir se rencontrer entre collectionneurs.
    

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Madeleine Goffin - photo BMG

Deux ans après, Madeleine Goffin a fait partie d'un club de pressophiles français : Eurofer. Il existe depuis une trentaine d'années.

Je suis allée voir plusieurs expositions en France, près de Toulon; à Landermau; je me suis rendue quatre fois en Alsace; près de Lille. Les expositions se déroulaient souvent pendant de longs week-ends.

 

Une réunion de fer

Dernièrement, une réunion a été organisée en Belgique, dans un hôtel à Nivelles. Ce type de rencontre permet aux membres de lier de grandes amitiés.
Le club et les expositions permettent de rencontrer beaucoup de monde, confie Madeleine.

A présent, elle fait partie, en plus, d'un club situé en Suisse.

Le club m'envoie de la documentation sur les usines, sur les grands magasins de fers à repasser. Le 5 mai de cette année, je dois me rendre, normalement et si tout va bien, à Bâle, en Suisse, le temps d'une journée, pour aller visiter une exposition-échange. Je m'y rendrai en compagnie d'une amie qu possède également une fabuleuse collection de fers à repasser.

Un jour, Madeleine s'est rendue dans une brocante à Andenne. Et là, elle a déniché un fer de pressing qui, apparamment, avait rendu de nombreux services et ce, pendant des années, la poignée était usée sur au moins un centimère.

Mon fils, Bernard, un casque bleu, qui était parti en ex-Yougoslavie dans le cadre de son travail, au moment de la guerre, est allé chiner sur une brocante en Hongrie et m'a rapporté un fer à repasser.

Madeleine s'est rendue en Roumanie pour y effectuer une action humanitaire.

Je m'y suis rendue pour aller apporter bénévolement des vêtements, de la nourriture, du café... J'avais pris quelques fers avec moi, je les ai montrés et, surprise, on m'en a donné, c'est trois ou quatre !

Partie en Slovaquie, Madeleine a été hospitalisée sur place.

Une dame, que je ne connaissais pas mais qui, elle, parlait français, est venue me voir à trois reprises sur huit jours. Nous avons entamé une conversation. Je lui ai bien évidemment parlé de ma collection. Ensuite, j'ai reçu deux fers à braise qui avaient été utilisés et réparés. Cette histoire-là, je ne l'oublierai jamais.

 

En bref - Anne Jacquemin, dans Vers L'Avenir, 12 avril 2002

  • Le terme lissoir apparait vers 1600-1700 dans les dictionnaires comme étant un instrument en verre, en marbre ou en bois dur utilisé pour lisser le papier, le linge et la dentelle.
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Ci-contre : lissoir scandinave ou rolling pin pour foncer les tartes ? Les deux se remplissaient d'eau chaude. Photo BMG.

 

  • Un pressophile, c'est un ami des fers à repasser anciens et, plus généralement, un collectionneur d'anciens instruments de repassage. 1
Petite calandre à manivelle : conduction de la chaleur par l'introduction de tiges chaudes dans les cylindres, pour plisser dentelles ou tissus empesés et légèrement humides, laiton et bois, XIXe s. Photo BMG. mini-calandre

 

  • Pourquoi le préfixe presso ? Parce que tout instrument pouvant servir à repasser -quels qu'en soient le type, le matériau ou la forme  - a toujours comme effet de soumettre un tissu à l'action d'une pression : soit par frottement (lissoirs et repassoirs), soit par roulement (appareils à calandre), soit par serrage (presses à linge). 1
  • Dans les pays de langue anglaise, le mot pressing signifie repassage et ce même mot figure au dictionnaire et désigne le lieu (une boutique ou un magasin) où l'on repasse 1
  • Parmi les fers exposés [au Musée de la Gourmandise], des fers kabyle : ce sont des fers munis de longs manches pour pouvoir aller dans les endroits difficiles à repasser.

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Fer kabyle.  Photo BMG.    

  • Un autre fer exposé sert, lui, à repasser les toiles de billard. Il a la forme d'un rectangle sauf que les bouts ont été recoupés. On dirait un lingot d'or !

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Fer à billard - Photo BMG.

  • Sur certains fers à repasser, les initiales de la fonderie qui les a fabriqués sont gravées dessus. Cependant, Madeleine Gofin en possède quelques-uns dont elle ne parvient pas à connaître la provenance. Pour elle, toutes ces initiales sont inconnues à ce jour :   JLD Liège, PCG, OS, NGP, PM, PW, SL, PDB, UP, VC, VM, VDG, GPBL, FF, CPW, LUC, BANF, COEUR, DEMS, EL, BM, MD, VD, RW, JM, FDS, BF, FLP,LB

 

Avant, on repassait à froid - Anne Jacquemin, dans Vers L'Avenir, 12 avril 2002

 

Pour arriver aux centrales à vapeur d'aujourd'hui, le fer à repasser aura traversé les siècles. Des Chinois à 2002, chronologie d'une histoire de fers.

Dans les premiers temps, des lissoirs non-chauffés étaient utilisés. Il s'agissait en fait de fragments d'os, de mâchoires et de cornes de bovidés, de bois dur poli ou encore, de pierres polies. Au début de notre ère, en Asie, à l'époque de la dynastie chinoise Han, un repassoir en forme de casserole était chauffé avec des braises.

Entre 800 et 1200, les Vikings auraient été les premiers à utiliser des lissoirs en verre.

Vers le XVIe siècle et jusqu'au siècle dernier, les Scandinaves ont utilisé le rouleau à calandrer qui est une sorte de cylindre en bois dur, autour duquel était enroulé le linge humidifié. On le roulait sur une table et, sous la pression d'une planche munie d'une poignée, on imprimait, au rouleau, un mouvement de va-et-vient pour déchiffonner le linge.     

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Repassage à froid : fer à battre les coutures des voiles. Photo BMG.

Repasser à chaud

Au XVIe siècle également, mais cette fois en Europe, les repassoirs utilisés à chaud font leur apparition.
Au cours des siècles suivants, l'évolution sera assez rapide avec l'association de la chaleur, du repassoir, de l'amidon et l'utilisation des fers massifs.
Aux environs des XVIIe et XVIIIe siècles, les fers creux à braises, en tôle de fer, apparaissent. Ils ont la forme de bateaux chauffés intérieurement par des braises.

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Fer à braises sur son support
et pince pour prendre les braises. Photo BMG.

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Fer à braise, à cheminée, fonte, XIXe s. Photo BMG
Selon les cas, le cheminée pouvait être orientée vers l'avant ou l'arrière, et surtout vers la droite ou la gauche selon que l'on était droitier ou gaucher.

 

Les fers creux à lingots en forme de barquette et de langue de bœuf font également leur apparition.

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Fer à lingot en forme de langue de bœuf - Photo BMG.

La braise est remplacée par un lingot qui est un bloc de métal préalablement chauffé et qu'on introduit à l'intérieur de la boite creuse, communiquant sa chaleur à la semelle.
Les fers à coque, à tuyauter et à plisser sont utilisés pour les cols à fraise, les dentelles, les coiffes et les bonnets, répondant ainsi aux raffinements des modes qui se succèdent.   

À partir du XIXe siècle, la fonte, produite industriellement, remplace le fer utilisé jusqu'alors dans la fabrication des différents types de repassoirs.

À la fin du XIXe siècle, de nouveaux fers sont créés dont la source de chaleur est fournie par la combustion interne d'alcool, de gaz, d'essence ou d'eau chaude.
    

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Fer à alcool, USA, XIXe s. Photo BMG.

Au début du XXe siècle, on assiste à la naissance du fer électrique qui se substitue progressivement à tous les autres fers. Des améliorations successives conduisent aux fers que nous connaissons aujourd'hui avec thermostat et vapeur.

 

Les fonderies hutoises - Anne Jacquemin, dans Vers L'Avenir, 12 avril 2002

 

Chez nous, il y avait évidemment la fonderie Nestor Martin.
Mais il faut également tenir compte des établissements Porta, Tihange et UM.

À Huy, quatre fonderies ont fabriqué des fers à repasser : Nestor Martin, Laurent Tihange, Nestor Porta et l'Union Métallurgique.
Nestor Martin, qui a donné son nom à l'entreprise, est né en 1825, à Saint-Hubert. En compagnie de son fils, Arthur Martin, il a tout d'abord inauguré une usine, chaussée des Forges, en 1854, le long du Hoyoux. C'est en 1861 qu'ils ont fondé une usine, d'une surface de 1400 m2, avenue Albert 1er et rue Baudouin Pierre. De 6500 à 25000 personnes ont travaillé pour eux [dans le monde]. Mondialement connu, Nestor Martin a créé bon nombre d'usines à l'étranger et, entre autres, en Asie. Il a pris de plus en plus d'expansion. Il a commencé à fabriquer des foyers, des poêles en fonte, puis des fers à repasser. En 1891, il a également fait de l'émaillerie. Nestor Martin a travaillé lui-même pendant plus de 50 ans avant de passer le flambeau à sa descendance. Il est décédé en 1916, à l'âge de 91 ans. En 1950, l'entreprise Nestor Martin a fusionné avec Electrolux.
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Les usines Mestor Martin à Huy

Et les autres...

Laurent Tihange possédait une fonderie, rue Cherave. La fonderie de fer a débuté en 1848 et ce jusqu'aux environs de 1953. Les initiales que l'on peut voir sur les fers à repasser sont : LT.

La fonderie Nestor Porta se situait, elle, près de Saint-Hilaire et le magasin se trouvait rue Sainte-Catherine.

La fonderie Union Métallurgique (UM) a commencé à produire en 1920, rue des Cotillages à Huy. Auparavant, elle possédait des forges à Marchin et à Seilles avant de venir s'installer dans la ville mosane.

 

D'autres fers présents dans l'exposition Repas et repassage :

 

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Fer wallon en forme de goutte. Photo BMG. Fer de chapelier. Photo BMG. Fer wallon avec son support. Photo BMG.

 

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Fer de voyage présenté semelle vers le haut. Le chauffage est assuré par une plaquette de « méta »;
un compartiment accueille le fer à cheveux ou à moustache qui peut également repasser des dentelles.
La semelle sert aussi de réchaud pour chauffer l'eau nécessaire au rasage ou au thé du déjeuner. Photo BMG.


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Ensemble de repassoirs français et foyer à gaz de repasseuse
Photo BMG publiée dans le magazine Point de vue, 17 avril 2002.

 


 


NOTES

Associations de pressophiles ou sidérophiles (synonymes) :

- Eurofer : http://www.musee-buee.fr.st
- PHER (Patrimoine, histoire et étude du repassage) : http://www.pher.org

[1] Note de la responsable de publication du site musee-gourmandise.be : nous nous sommes aperçus en 2012 que cette partie du texte a été repris dans la présentation du pressophile sur le site de l'association pher.org.
musee-gourmandise.be n'est en rien responsable du « copyvio »- retour au texte


 


BIBLIOGRAPHIE

  • Émile Zola, L'Assommoir, 1877
  • Fernand Discry, L'ancien bassin sidérurgique du Hoyoux, Éd. administratives UGA, Heule, 1970
  • G.I. Busson (Abbé),  Instructions et conseils aux filles domestiques et à tous les domestiques en général, Paris, Gaume et Cie, 1893
  • Albert Daranvat, L'art de plier les serviettes, Paris, Bernardin-Bechet et fils, sd.
  • Vittoria de Buzzaccarini, En chemise ! L'Art de la chemise, Paris, Gentleman, 1987
  • G.J. den Besten & L.S.J. den Besten-den Burger, Strijken Streek Gestreken, Terra Zutphen, 1983
  • David Irons, Irons by Irons, D. Irons, 1994
  • Marianne Strobel, Alte Bügelgeräte Eine Kulturgeschichte des Bügelns, München, J. Strobel & Söhne, 1987
  • Revue Le Monde élégant, 19 avril 1874
  • Fiches du CAPB (Waterloo, Belgique)
  • Amifer Infos
  • Eurofer-Info
  • Revue Arts Ménagers, février 1953
  • Catalogues des firmes Nestor-Martin (Huy, Belgique) - Devillers & Camion (Bouillon, Belgique) - Kalorik (SA Force et chauffage, Bruxelles) - G. Bernard-Huet (Vivier-au-Court, France) - Ferriol & Matrat (St-Etienne, France) - Ets. August Berghaus (Allemagne)
  • « Hommes de fer et de fonte » dans Histoire d'une ville, Ville de Huy-Crédit Communal, 1994